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A Beyrouth, la mode et le design K.-O. mais debout


Par Marie Godfrain et Sophie Abriat

Publié aujourd’hui à 13h42

La voix de Rabih Kayrouz est calme mais la fatigue et la colère affleurent. « Pourquoi, après tout ce qui s’est passé, n’y a-t-il pas 4,5 millions de Libanais dans la rue ? Non, nous ne sommes pas des phénix, je déteste ce mot. Aujourd’hui, il y a un criminel qui se balade devant moi et je ne sais pas qui c’est, ça n’aide pas à retrouver la paix. Je ne veux pas tourner le dos, être fort et dire je pardonne. Je pardonne à qui ? Je veux que ceux qui nous ont fait du mal soient jugés parce que c’est la seule façon d’être juste. »

Le créateur beyrouthin, de retour en France pour subir un suivi médical – il a été blessé à la tête lors de l’explosion du 4 août –, nous reçoit dans son appartement parisien, un mois et demi après le drame. C’est la première fois qu’il prend la parole si longuement pour aborder son traumatisme : « On me dit que ça fait du bien d’en parler. C’est quand même très difficile… »

Sauvés par la négligence de l’Etat

Son téléphone est resté éteint un mois. Sa maison de couture, installée dans le quartier de Gemmayzé, donne sur le port, en deuxième ligne. Elle abrite des ateliers, un showroom et des bureaux, Rabih Kayrouz y reçoit ses clientes. À 18 heures, le 4 août, il a préféré servir le thé dans la ­cuisine plutôt que sous la véranda, comme il en a l’habitude… Ce geste, qu’il n’explique pas (« Appelez ça Dieu ou ce que vous voulez »), l’a sauvé : la véranda a été soufflée. Les outils de production – tout se fait en interne chez Rabih Kayrouz – ont été détruits, seules trois machines sur sept ont pu être récupérées. Certains portants de robes ont été retrouvés intacts, comme par magie, au milieu du mobilier pulvérisé. « C’est ce que mon amie Lamia Ziadé appelle le “sortilège des objets” », raconte-t-il avec émotion.

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Même « heureux » coup du sort du côté de la designer Karen Chekerdjian. Quand elle arrive dans son studio, le matin du 4 août, le soleil brille sur Beyrouth. Tellement fort qu’au fil des heures la chaleur devient insoutenable. Mais les lieux ne bénéficient plus de l’air conditionné : « Cela fait longtemps que je ne compte plus sur le réseau électrique, bien trop erratique. Je me suis acheté un groupe électrogène pour produire l’énergie nécessaire à mon studio. Mais, au début de l’été, il est tombé en panne. Nous avions beaucoup à faire : la réparation d’une lampe, un nouveau projet de mobilier, l’aménagement d’un appartement… Au moment de la pause déjeuner, il commençait à faire beaucoup trop chaud et j’ai proposé aux membres de mon équipe de rentrer chez eux. » Tous ont quitté le studio du quartier de Karantina avant l’explosion, paradoxalement sauvés par l’incurie de l’État.

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