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A Leicester, le fléau de l’exploitation des petites mains du textile


Leicester – Seul un bruit de machine à
coudre échappé d’une fenêtre brise le silence. L’immeuble semble abandonné,
mais il abrite un atelier. A Leicester, à la faveur d’une résurgence du
virus
qui a provoqué le reconfinement de l’agglomération, des accusations
d’esclavage moderne dans le textile ont refait surface.

Devant l’imposant bâtiment, situé dans l’un des quartiers connus pour
abriter de nombreuses fabriques de vêtements, quelques employés chargent des
dizaines de cartons dans un camion.
Tout autour, de nombreuses enseignes, parfois défraîchies, indiquent
la
présence d’autant d’ateliers de confection. Au total, la ville en compte
environ 1.500.

“La plupart des usines de Leicester sont de petits ateliers, souvent
logés
dans des bâtiments délabrés avec peu d’investissements dans la sécurité des
bâtiments ou dans une ventilation moderne”, souligne l’ONG Labour behind the
label dans un rapport fin juin.
Certains salariés travaillent même à domicile, comme semble le faire
cette
femme sortant d’une maison des sacs transparents remplis de tissus
multicolores. Un homme les charge à l’arrière d’une voiture.

La menace du Covid-19

Selon l’ONG, entre 75 pour cent et 80 pour cent de la production
textile de la ville serait
destinée à Boohoo, groupe britannique spécialisée dans la “fast fashion”
éphémère et bon marché.
Avec le coronavirus et les congés d’été, beaucoup d’entreprises ont
fini
par fermer leurs portes, même si, au début du confinement, des témoignages
ont
fait état d’ateliers bondés, malgré les risques sanitaires.

Lors du pic de la pandémie, “certains travailleurs ont été testés
positifs
au coronavirus et on leur a demandé de continuer à venir travailler parmi
leurs collègues”, assure à l’AFP Meg Lewis, directrice de campagne chez
Labour
behind the label.
“Il n’y a aucune preuve épidémiologique que les usines ont été un
facteur
majeur” de la diffusion du virus, note cependant Adam Clarke, conseiller
municipal, qui évoque la densité de population, la pauvreté et la proportion
de minorités, plus touchées par le Covid-19.

Un “mauvais cocktail” qui a forcé le gouvernement à décréter le
reconfinement de la ville de 355.000 habitants fin juin, ainsi que celui de
sa
banlieue, un cas unique en Angleterre.

Populations vulnérables

Selon des témoignages récoltés par Labour behind the label, et
corroborés
par plusieurs médias britanniques, les salaires oscillent parfois entre 2
et 3
livres de l’heure, soit bien en dessous du revenu minimum de 8,72 livres
(9,66
euros).
Éclaboussé par le scandale, Boohoo s’est dit “horrifié” par ces
allégations
et a promis une enquête.
Une mesure insuffisante pour Meg Lewis qui enjoint au groupe de
réfléchir
avant tout à ses pratiques commerciales, alors que certains modèles de robes
sont vendus moins de 5 euros sur son site internet.

Le sujet des salaires reste tabou parmi les employés et la peur
prédomine.
“Pas d’anglais”, élude une jeune femme d’origine asiatique avant
d’accélérer le pas. “Je ne peux pas en parler”, répond un jeune homme perché
sur une benne. Après, avoir échangé quelques mots dans une langue étrangère
avec son collègue, il ajoute “10 pounds par heure”.
Mais selon Ali (le prénom a été modifié), chauffeur Uber et ancien
gérant
d’une entreprise de confection, il est courant de trouver des emplois à 3-4
livres de l’heure. C’est justement à cause de cela qu’il affirme avoir
quitté
son associé.

“Maintenant, il n’y a plus que du travail illégal” parmi la trentaine
d’employés que compte son ancienne entreprise, déplore-t-il auprès de l’AFP.
“Des Indiens, des Bangladais.”
Des populations vulnérables, qui sont autant de cibles faciles et
n’ont
parfois pas de statut légal, selon Meg Lewis.
Dans ces conditions, difficile de savoir le nombre exact de victimes de
cet
“esclavage moderne”.

Mi-juillet, un député conservateur local a affirmé que jusqu’à 10.000
personnes, soit l’ensemble des travailleurs du secteur, pourraient être
concernées, pointant du doigt la responsabilité de la ville.
Un commentaire qu’a peu goûté Adam Clark, élu travailliste, pour
qui ce phénomène reste minoritaire.

Entre le 1er mai et le 20 juin, 51 inspections ont été réalisées par
la
direction de la Santé et de la Sécurité qui a relevé neuf infractions, mais
aucune “suffisamment grave” pour justifier des poursuites.(AFP)

Crédit : Unsplash



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