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A New York, une fashion week particulière et loin d’être à la fête


Les revoilà. La pandémie peut bien contraindre à l’annulation du Festival de Cannes et de la FIAC, grand-messes du cinéma et de l’art contemporain, les fashion weeks, elles, se tiendront coûte que coûte, en version digitale s’il le faut, tant la mode a horreur du vide. Jusqu’au 6 octobre, les quatre capitales du milieu proposeront ainsi aux professionnels et au grand public de découvrir les collections féminines printemps-été 2021 (accompagnées, çà et là, de quelques collections hommes). Comme de coutume, c’est New York qui a ouvert le bal le 13 septembre, pour quatre jours de présentations, en très grande majorité des vidéos diffusées sur une plate-forme baptisée Runway360 et ouverte à tous.

Une fashion week particulière, loin d’être à la fête. « Je ne pense pas que l’intérêt [des gens] se focalise sur la mode en ce moment », avouait sans fard Tom Ford, le président du Council of Fashion Designers of America (CFDA), l’organisateur des festivités, au WWD, un média anglo-saxon spécialisé que consultent chaque matin les dirigeants de l’industrie. Difficile de soulever les foules avec un tel enthousiasme…

Ajoutez à cela une impressionnante absence de poids lourds puisque Marc Jacobs, The Row, Tory Burch, Proenza Schouler, Coach ou Oscar de la Renta ont passé leur tour. Longchamp ou Zimmermann, non inscrits au calendrier officiel, ont, eux, décidé de la jouer « perso », dévoilant des contenus sur leurs sites respectifs.

Pour compenser ce manque d’éclat, le CFDA a bien tenté de faire diversion avec la remise de ses prix annuels, récompensant quatre talents d’outre-Atlantique (et deux internationaux). Mais le palmarès a pris une saveur cruelle lorsqu’on a compris qu’aucun des brillants lauréats américains – l’engagé Kerby Jean-Raymond de Pyer Moss, le remuant Telfar Clemens, le créateur de robes grand soir Christopher John Rogers et Gabriela Hearst que certains encouragent à décamper pour Paris – n’était inscrit au programme ce mois-ci… « C’est une hécatombe, se désole le producteur de défilés Alexandre de Betak. Les dirigeants de la Fashion Week de New York ne veulent pas envisager le changement, comme trouver de nouvelles dates plus porteuses, alors qu’ils auraient vraiment pu se réinventer. »

Jason Wu, printemps-été 2021.

Pour peu qu’ils aient une voix singulière, les participants ont donc eu l’occasion de profiter d’un peu de la lumière d’ordinaire réservée aux grandes signatures. A commencer par le trentenaire Jason Wu, le seul à avoir osé le défilé physique avec public masqué et à bonne distance. Sur un rooftop de Manhattan, il avait fait dresser un décor arboré avec faux sable et podium en bois, pour une collection en hommage à Tulum, où il s’était marié en 2016. Facile et efficace : les robes de plage, sandales, chapeaux et tuniques colorés sont raccord avec les roulements de vagues que diffuse la bande-son.

Imitation of Christ, printemps-été 2021.
Anna Sui, printemps-été 2021.

Chez Anna Sui, c’est Midnight Cowboy, une mélopée naïve de Ferrante & Teicher de 1969 qui accompagne un film plaisant, pour une collection rayonnante inspirée notamment par les teintes et le sens de la lumière de la peintre impressionniste Berthe Morisot. Les bobs et grandes robes fleuries aux couleurs pastel sont aussi optimistes que les motifs cœurs ou les
tee-shirts « Take care ». Un esprit seventies qu’on retrouve chez Imitation of Christ, collectif de Los Angeles qui avait eu son quart d’heure de gloire au début des années 2000 et qui renaît de ses cendres, avec ses skateuses aux tee-shirts tie and dye ou graffitis.

Tom Ford, printemps-été 2021.

Les imprimés fleuris qui frappent la rétine sont aussi de la fête chez Tom Ford, en robes et combinaisons pour les femmes, en vestes et pantalons fluides pour les hommes. Le Texan ne s’est pas compliqué la vie : il s’est contenté de publier des photos (prises par lui-même) de ses nouvelles pièces, où l’on reconnaît son goût du flash vif, du motif léopard et des mannequins aux bouches entrouvertes.

Theory, printemps-été 2021.

Theory a joué la même formule : des images à faire défiler pour découvrir sa collection sobre et racée. Idem pour le réjouissant Timo Weiland, qui a proposé aux garçons des idées pour « s’habiller pour Zoom ». Résultat ? Un mix entre élégance et confort, pulls sobres et vestes croisées en haut pour apparaître dans le cadre de la webcam ; shorts, pantalons et sandales en bas pour se sentir à l’aise.

Timo Weiland, printemps-été 2021.

Il a fallu attendre Chromat pour mettre un coup de pied dans la fourmilière de cette succession d’images et de séquences filmées qu’est devenue la Fashion Week. Pour présenter une collaboration avec Reebok, toute de tee-shirts rayés aux couleurs acides, le label spécialisé dans la mode urbaine a tressé une ode à la non-binarité, en donnant notamment la parole à Terry Miller et Andraya Yearwood, jeunes athlètes transgenres qui ont entrepris une procédure pénale dans le Connecticut pour faire tomber l’interdiction de participer à une course entre filles de laquelle elles sont exclues.

Chromat, printemps-été 2021.

L’autre participation la plus réjouissante fut celle de la marque Carolina Herrera qui, paradoxalement, ne présentait aucun vêtement. Elle a au contraire privilégié, en quatre épisodes, un dialogue entre la pétillante fondatrice et Wes Gordon, le directeur artistique chargé de faire vivre aujourd’hui son héritage. La première phrase prononcée par Carolina Herrera – « Aujourd’hui, il n’y a plus de mystère » – fait d’abord redouter une digression nostalgique. Mais il n’en est rien. Les échanges de l’octogénaire et du trentenaire sur New York, leur rencontre, leur couleur préférée (jaune pour elle, bleu ciel pour lui), leur amour de la simplicité d’une chemise blanche, leur habitude de lire les critiques, sont sans prétention et optimistes. Une bulle tendre et amusée, au milieu de cette Fashion Week qui a cruellement manqué d’émotion et de moments forts.

Reconstitution 3D et changement de perspective

Les fashion weeks précédentes, celles consacrées en juillet à la haute couture et aux collections masculines, avaient déjà montré différentes façons de remplacer le défilé physique par des formats dématérialisés, du court-métrage fantastique au making of en atelier, du clip musical au dessin animé. New York a à son tour poursuivi la recherche. Trois formats inédits se sont notamment distingués. Le prometteur Kenneth Nicholson s’est lui-même mis en scène dans Grasp, un court-métrage sensible, comme une déambulation rêvée dans la Los Angeles qu’il habite hantée par des souvenirs personnels. Plus expérimental, les Japonais de Kozaburo et leur mode pointue ont opté pour la reconstitution 3D de leur bureau avec modèles digitaux sans visage et zooms façon jeux vidéo. Mais ce sont leurs pairs de N-Hoolywood qui se sont le mieux démarqués sans trop d’effort. Puisque défiler est impossible, ils en ont pris leur parti sans effet de manche, en montrant leur vestiaire masculin, sobre et réussi, sur des mannequins tout simplement allongés au sol, pris en photo depuis le plafond. Un habile renversement de perspective.



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