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A Tokyo, Virgil Abloh creuse son sillon chez Vuitton


Défilé Louis Vuitton homme printemps-été 2021, à Tokyo.

Les prochaines fashion weeks approchent à grands pas, dans un climat d’incertitude totale : pour les collections féminines du printemps-été 2021 qui seront dévoilées du 13 septembre au 6 octobre, les marques hésitent encore entre se contenter d’une vidéo et défiler à huis clos ou devant un public ; de leur côté, les invités se demandent s’ils doivent prévoir des déplacements dans les capitales officielles de la mode que sont New York, Londres, Milan et Paris ou s’il vaut mieux tout suivre sagement derrière un écran. Tous attendent que l’évolution de la pandémie permette de trancher ces épineuses questions. Enfin, presque tous. L’une des plus grosses marques de luxe, Louis Vuitton, marque phare de LVMH, a décidé de jouer selon ses propres règles.

« A l’heure où les portes se ferment et où chacun est assigné à résidence, Vuitton conserve son don d’ubiquité », Benjamin Simmenauer, professeur à l’Institut français de la mode.

Mercredi 2 septembre, elle a présenté le second volet de sa collection homme printemps-été 2021 dans le port de Tokyo, un mois après un premier acte organisé à Shanghaï. 180 spectateurs locaux ont pu assister à ce show particulier, au grand air, séparés par le mètre de distanciation réglementaire. La mise en scène a repris les éléments déjà montrés à Shanghaï avec les conteneurs griffés LV empilés comme sur des docks et les ballons géants en forme de personnages de cartoon. D’un point de vue vestimentaire, Tokyo est aussi une prolongation de Shanghaï : la moitié des 121 looks présents sur le podium avait déjà été montrée le 6 août.

Depuis que la crise du Covid-19 est passée par là, la redite n’effraie plus Virgil Abloh. Le directeur artistique de la ligne masculine de Vuitton affirme que « la pandémie a mis fin à ce qu’était la mode jusqu’alors. Les idées ne sont plus jetables, mais font partie d’un cycle éternel d’inspiration, de codes et de valeurs qui permettent d’approfondir et d’enrichir notre philosophie ». Le designer américain s’est donc lancé dans le recyclage de tissus en piochant dans des stocks textiles déjà existants, mais aussi dans le recyclage d’idées, avec une trentaine de silhouettes issues de collections précédentes retravaillées.

Défilé Louis Vuitton homme printemps-été 2021, à Tokyo.

On reconnaît en effet la patte de Virgil Abloh dans le subtil équilibre entre streetwear et costume, dans le détournement habile du logo LV, dans les détails amusants qui pimentent la silhouette, dans le goût assumé pour le bling. Certains looks privilégient le côté commercial – costume sombre et doudoune, un duo gagnant auprès des CSP + qui ont les moyens de s’habiller en Vuitton –, d’autres cherchent plutôt à marquer la rétine – pas sûr que la robe plissée pistache brodée de nounours fasse un carton en boutique. En tout cas, le designer creuse son sillon.

Accusé de plagiat par Van Beirendonck

Après le défilé de Shanghaï, Virgil Abloh avait essuyé les vives critiques du Belge Walter Van Beirendonck, qui l’accusait d’avoir copié certaines de ses idées, notamment les vestes monochromes sur lesquelles pendent des poupées en 3D, et les lunettes de soleil asymétriques. Le créateur belge avait fait part de son indignation dans le journal Het Laatste Nieuws : « Les gens ont toujours copié. Cela fait partie de l’industrie de la mode. Mais pas de cette façon. Pas à ce niveau et avec de tels budgets, des équipes et des opportunités comme ça. »

Défilé Louis Vuitton homme printemps-été 2021, à Tokyo.

Virgil Abloh lui a répondu le 13 août qu’il s’était inspiré d’un défilé Vuitton homme du printemps-été 2005 signé Marc Jacobs et qu’il voyait dans les accusations de plagiats « une nouvelle tentative pour le discréditer en tant que designer ». Pour marteler son propos, le show de Tokyo a été accompagné d’une note d’intention anormalement longue d’une cinquantaine de pages, où Virgil Abloh explique son cheminement créatif, des personnages de cartoon jusqu’à la bande-son en passant par les vêtements, bien évidemment.

Dans cette somme, l’héritage ghanéen du designer s’impose comme sa principale source d’inspiration. « Mes parents étaient des migrants ghanéens, j’ai grandi en baignant dans la culture et les arts de l’Afrique de l’Ouest, des statuettes sculptées à la main aux masques en bois jusqu’aux poupées spirituelles. J’ai mélangé ces inspirations aux archives de Louis Vuitton », explique-t-il à propos de cette collection.

Lire aussi A la Paris Fashion Week, le streetwear fait le mur

Quant à sa mission chez Vuitton, elle irait bien au-delà de la création de jolis habits : il s’agit « d’intégrer les personnes, les cultures, les sous-cultures, les arts noirs à l’imagerie qui a traditionnellement exclu les identités noires, comme la mode et le luxe ». Les références à la culture noire ne sautent pas aux yeux d’un point de vue vestimentaire, mais les défilés Vuitton de Virgil Abloh comptent indéniablement parmi ceux où il y a le plus gros contingent de mannequins noirs.

En temps normal, ces défilés font aussi partie des shows les plus regardés et commentés. En cette période de Covid-19 où beaucoup de marques préfèrent faire profil bas, les raouts de Vuitton prennent encore plus d’ampleur. « C’est une démonstration de puissance : à l’heure où les portes se ferment et où chacun est assigné à résidence, Vuitton conserve son don d’ubiquité », analyse Benjamin Simmenauer, professeur à l’Institut français de la mode.

Le choix de défiler à Shanghaï et Tokyo, qui ne font pas partie des capitales de la mode, rapproche encore la mode du star-system et de la pop culture : Vuitton part en tournée comme Kanye West, indéfectible soutien de Virgil Abloh. Il peut aussi se lire comme une volonté de se rapprocher de ces marchés très stratégiques. Les clients asiatiques avaient l’habitude de faire une grande partie de leur shopping en Europe. Avec la fermeture des frontières, le mouvement s’est inversé : ce n’est plus aux consommateurs d’aller aux marques, mais aux marques de venir à eux. Reste que Virgil Abloh, qui réside à Chicago, n’a pas pu faire le déplacement jusqu’à Tokyo, empêché par les mesures sanitaires en vigueur. C’est donc son hologramme qui est venu saluer pour conclure les festivités.

Défilé Louis Vuitton homme printemps-été 2021, à Tokyo.
Défilé Louis Vuitton homme printemps-été 2021, à Tokyo.
Défilé Louis Vuitton homme printemps-été 2021, à Tokyo.
Défilé Louis Vuitton homme printemps-été 2021, à Tokyo.
Voir aussi Virgil Abloh fait le show



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