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Adrian Joffe, la sentinelle de Comme des garçons


Adrian Joffe, à Paris, en septembre.

Le sombre espace de travail est perché sous les combles de l’hôtel de Coulanges, un bâtiment du XVIIe siècle dans le quartier parisien du Marais, où vécut jadis Madame de Sévigné. Le décor est épuré, sinon franchement vide. Aucune photo au mur, aucune décoration. Pour tout mobilier, une grande table de bois autour de laquelle le « Moine » – surnom que la presse internationale accole à Adrian Joffe – invite ses visiteurs à s’installer, assis sur un tabouret.

Dans les étages inférieurs, l’activité est beaucoup plus effervescente. Mi-septembre, un espace de 3 500 mètres carrés – répondant au nom de code 3537, l’adresse rue des Francs-Bourgeois – y a été inauguré. Le plasticien Laurent Grasso y fera une installation en octobre, suivi par le collectif belge Captain Boomer en novembre. Plus tard, l’artiste Olafur Eliasson y montrera son travail sur l’environnement.

Précis et parlant d’un flot rapide, parcourant les quelques notes d’une écriture sinueuse qu’il a préparées et placées devant lui pour l’entretien, le maître des lieux, Adrian Joffe, 68 ans, décrit le projet 3537 : « On accueillera des expositions, des défilés, des concerts, des cours de danse, des week-ends consacrés à la crise climatique, des stands à qui voudra louer des espaces ».

L’homme porte son uniforme habituel, chemise et pantalon noir, baskets – le tout griffé Comme des garçons, groupe qu’il préside depuis 1993, l’année qui a suivi celle de son mariage avec la créatrice de la marque, Rei Kawakubo. Si le conglomérat japonais, avec 400 millions de dollars de chiffre d’affaires brut annuel et 1 200 salariés, est considéré comme petit au regard des grandes maisons de luxe, il jouit d’une aura sans réel équivalent.

Des « objets pour le corps »

Depuis quarante ans, les cénacles de la mode vénèrent Rei Kawakubo, qui signe des collections complexes, sculpturales et radicales. « Il n’est pas exagéré de dire qu’elle est la créatrice de mode la plus importante de la seconde moitié du XXe siècle, même si les admirateurs d’Yves Saint Laurent s’en offusqueraient, souligne Benjamin Simmenauer, professeur à l’Institut français de la mode. Elle a été révolutionnaire, avec une exigence créative quasi masochiste. D’ordinaire, les créateurs ressemblent aux scientifiques : ils ont une idée entre 25 et 40 ans, puis la font prospérer, la mettent en culture. Elle, au contraire, n’a rien figé, repart toujours de zéro. »

Des motifs récurrents sont certes perceptibles chez Comme des garçons, qu’elle a fondé à Tokyo en 1969 – utilisation du noir, nœuds, asymétrie, matières synthétiques –, mais aucun cru n’est prévisible. Chaque saison a son lot de surprises. Ses classiques ? Pulls troués, tenues qui déforment le dos, masses de plumes. Les pièces peuvent bloquer les mains, rendre la marche difficile. Depuis 2013, le mot même de « vêtements » a été banni : Rei Kawakubo parle d’« objets pour le corps ».

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