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Alibaba et les géants de la tech dans le viseur chinois


Pékin – Amende record et restructuration : en s’attaquant
à Alibaba, Pékin siffle la fin de la récré dans un secteur de la tech devenu
trop puissant. Et les punitions risquent bien de s’accumuler.
Entreprise incontournable du numérique en Chine et longtemps montrée en
exemple pour sa réussite, Alibaba s’est vu infliger samedi une amende de 2,3
milliards d’euros pour abus de position dominante — un montant qui représente
4 pour cent de son chiffre d’affaires de 2019.

Les régulateurs ont épinglé le groupe sur des pratiques commerciales jugées
déloyales, notamment l’exclusivité imposée aux commerçants pour vendre leurs
produits sur ses plateformes, au détriment des sites concurrents.
Fondé par le charismatique milliardaire Jack Ma, Alibaba est aussi présent
dans la finance via sa filiale Ant Group, propriétaire d’Alipay, une
application pour smartphone ultrapopulaire en Chine qui permet de régler ses
achats.

Ant Group a été sommé lundi de restructurer ses activités bancaires après
une nouvelle convocation par les régulateurs.
L’entreprise a indiqué qu’elle allait créer une holding et demander les
licences nécessaires pour rendre ses activités de prêts et de gestion de
patrimoine conformes à la réglementation bancaire. La nouvelle entité sera
placée sous le contrôle de la banque centrale.
“Pendant des années [Ant Group] a opéré en dehors de la régulation bancaire
[…] mais de facto se comporte comme une banque”, relève Nicolas Bahmanyar,
consultant spécialisé dans le numérique basé à Pékin.

“Personne n’est à l’abri”

Et lorsqu’en fin d’année dernière, la firme a voulu lever 34 milliards de
dollars à la Bourse de Hong Kong, les régulateurs “ont dit stop” et fait
capoter l’opération in extremis, fait remarquer à l’AFP M. Bahmanyar.
En ciblant la galaxie Alibaba, Pékin a voulu, selon lui, “envoyer un
signal” au monde de la tech : “personne n’est à l’abri et même les gros se font
taper dessus” s’ils ne respectent pas la législation.

“Et si une entité d’un groupe n’agit pas totalement dans les clous, il faut
s’attendre à ce que d’autres soient aussi inquiétées”, prévient M. Bahmanyar.
La restructuration d’Ant Group voulue par Pékin vise à “uniformiser les
règles du jeu” pour tous les acteurs, estime Angela Zhang, enseignante en
droit à l’Université de Hong Kong.

Car Ant Group bénéficie selon elle d’un “avantage concurrentiel” énorme
grâce à “la masse de données qu’il récolte par le biais d’Alipay”.
Ce coup de frein réglementaire vise, estime-t-elle, à limiter la marge de
manoeuvre d’Ant Group dans d’autres secteurs comme les prêts, les assurances
ou la finance. Et in fine, à favoriser la concurrence.

“D’autres cartouches”

Les géants du numérique ont longtemps profité d’une réglementation
relativement laxiste pour se développer, notamment en matière de données
personnelles, de concurrence et pour les paiements en ligne.
Mais Pékin fait ces derniers mois preuve de davantage de fermeté à l’égard
du secteur.

Dernier recadrage en date : les autorités ont convoqué mardi les géants du
numérique et leur ont donné un mois pour “corriger” d’éventuelles pratiques
qui entravent la concurrence, sous peine de “sévères sanctions”.
Et les régulateurs ont appelé les acteurs de la tech à “tenir compte du cas
Alibaba”.

Parmi les 34 entreprises à s’être fait passer un savon figurent outre
Alibaba les géants de l’internet Baidu, Tencent (WeChat), ByteDance
(propriétaire de TikTok) mais aussi Meituan, un géant qui propose toute une
gamme de services allant de la livraison de repas à la réservation de billets
de cinéma.

En ciblant la tech, Pékin cherche à réduire l’influence de sociétés
devenues trop puissantes, observe Larry Ong, du cabinet SinoInsider, basé aux
Etats-Unis.
Leur situation de monopole, pour certaines, “fait peser d’immenses risques
financiers et politiques au régime” à l’approche du 20e Congrès du Parti
communiste l’an prochain, juge Larry Ong.

L’amende géante d’Alibaba annoncée samedi n’a cependant pas refroidi les
investisseurs.
Lundi, l’action du groupe a gagné plus de 6 pour cent à la Bourse de Hong Kong, les
marchés semblant anticiper une pause dans la vindicte du pouvoir chinois à
l’égard d’Alibaba.
Un simple “répit”, prévient M. Bahmanyar.
“A mon avis, le régulateur a d’autres cartouches contre d’autres entités
d’Alibaba. C’est quelque chose à surveiller”. (AFP)

Crédit : Unsplash, Markus Winkler.



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