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Au Palais Galliera, autopsie du dernier costume d’un condamné


Par Caroline Rousseau

Publié aujourd’hui à 16h45

Le costume porté par le président Louis-Bernard Bonjean le jour de son exécution, le 24 mai 1871, sur ordre de la Commune.

Il est rare que la commémoration d’un événement historique sanglant soit l’occasion de parler chiffons. Pour les 150 ans de la Commune de Paris, le Palais Galliera, Musée de la mode de la Ville de Paris, et Philippe Charlier, médecin légiste, archéologue et anthropologue, ont pourtant sorti des réserves du musée le costume trois-pièces en lainage noir du président provisoire Louis-Bernard Bonjean (1804-1871). Pas n’importe quel costume. Celui que l’homme politique portait le 24 mai 1871 lors de son exécution par les communards mais aussi pendant les soixante-quatre jours de détention qui l’ont précédée, à la prison de la Roquette, dans le 11e arrondissement.

Souillé, déchiré, criblé de balles, pantalon amputé, gilet arraché, l’habit, par ailleurs assez commun au XIXe siècle, ne ressemble en rien aux trésors précieusement conservés dans les armoires de l’institution parisienne. « Je crois que c’est la première fois dans l’histoire de Galliera qu’on analyse des taches. D’habitude, notre premier geste est plutôt de nous en débarrasser », expliquait, le 14 décembre, Alexandre Samson, responsable de la haute couture et de la création contemporaine à Galliera, sous les néons des réserves sécurisées du musée.

Une relique qui impose le respect

Longs bâtonnets à la main, les étudiants du docteur Charlier, eux-mêmes médecins légistes, physiopathologistes ou archéologues, recueillent des traces de liquides corporels dans l’entrejambe du pantalon, sur la « propreté de braguette » (le revers), au niveau de l’interscapulaire, sur le dos de la veste… Ce qui semble être de l’urine, de la matière fécale ou cérébrale, du sperme, du sang et de la terre est prélevé, les orifices d’entrée et de sortie des balles sont scrutés, les déchirures examinées, pour surtout ne jamais être nettoyés, ni restaurés, afin qu’ils livrent, peut-être, quelques témoignages sur les derniers jours du « condamné » Bonjean, qui mourut sous deux salves tirées par trente hommes, auprès de cinq autres victimes.

« Travailler dans un musée et ses archives, c’est fréquenter les morts et accepter une certaine intimité avec eux. » Olivier Saillard, historien de la mode

Si ce costume revêt un indéniable intérêt historique, il raconte aussi un homme. Le lundi 14 décembre, couché sur la table de travail, à plat, l’habit, mis sur l’endroit puis sur l’envers, était celui d’un mort. Le lendemain, enfilé sur un mannequin ancien du musée, datant du Second Empire, en volume donc, c’est l’avocat, le sénateur, le président provisoire Louis-Bernard Bonjean qui se tenait debout, blessé, dans les réserves du musée.

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