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au pied des montagnes, une fabrication de niche pour s’assurer un avenir


Éloyes – Dans l’usine Tenthorey, au pied des
Vosges, les métiers à tisser ont repris du service depuis plusieurs
semaines,
et les équipes se relaient jour et nuit, produisant comme avant la crise
sanitaire pour des marchés conquis par sa démarche locale.

De ce bâtiment partent, chaque mois, environ 400.000 mètres de tissu,
fabriqué dans la petite ville d’Eloyes, un cadre de verdure bordé par la
Moselle. Les bobines de fil de lin ou de coton – des matières premières
biologiques pour plus de la moitié – sont d’abord dévidées, puis les fils
sont
plongés dans des bains de colle “pour être renforcés”, explique Yves Dubief,
le dirigeant de l’entreprise.

Ils sont ensuite tissés sur des machines modernes, des Picanol, afin
de
donner des vagues d’un textile immaculé, qui sera alors roulé et métré pour
les futurs clients.

Tenthorey, une société d’une cinquantaine de salariés qui affichait
l’an
passé un chiffre d’affaires de 8,5 millions d’euros, produit du tissu pour
la
broderie ou encore pour fabriquer des stores, des marchés de niche qui lui
ont
permis de survivre à la catastrophe qui s’est abattue sur le secteur depuis
cinquante ans.

A l’échelle nationale, l’industrie (textile et habillement) a même
perdu
les deux tiers de ses effectifs en vingt ans, pour employer en 2015 environ
103.000 personnes, selon l’Insee.
Est-ce que la pandémie, en posant de façon aiguë la question des
approvisionnements de tous types, pourra la faire revenir dans les Vosges,
ou
ailleurs en France?

Les appels en ce sens se multiplient. Au point que les ministères de
l’Economie et de la Transition écologique viennent de confier une mission au
Comité stratégique de la filière Mode et Luxe, estimant qu’il “existe
aujourd’hui une réelle opportunité de relocalisation de certaines activités,
sur la base d’une production innovante, durable…”

Un label régional

Le sujet n’est pas neuf. Au XIXe siècle, on parlait déjà de
délocalisations, rappelle Yves Dubief, le petit-fils du fondateur de
Tenthorey. Sauf qu’à l’époque il s’agissait d’Alsaciens, venus de l’autre
côté
des cols vosgiens pour chercher une main-d’oeuvre moins coûteuse.

Après une époque prospère – l’industrie du tissu a employé jusqu’à
40.000
personnes dans la région -, “le textile y emploie aujourd’hui 1.500 à 2.000
personnes”, précise M. Dubief, qui est aussi le président de l’Union des
industries textiles (UIT).
“A Tenthorey, nous étions près de 2.000 juste après guerre. Lorsque j’ai
commencé à être impliqué dans la gestion de l’entreprise, j’ai dû débuter
par
des plans sociaux”, se rappelle-t-il.

Depuis peu, l’industrie renoue toutefois tout doucement avec les
créations
d’emplois. Selon le cabinet Trendeo, la fabrication de textiles, qui en 2009
cumulait près de 2.700 emplois perdus, en a créé près de 430 l’an passé.
Pour cela, les industriels ont dû se repositionner. “La France est
devenue
le 2e producteur en Europe de tissus techniques”, explique ainsi M.
Dubief.

Le textile a en outre bénéficié de l’intérêt grandissant pour une
production environnementale. Une démarche mise en oeuvre par Tenthorey:
l’entreprise produit notamment plus d’énergie propre qu’elle n’en consomme.
Les entreprises de la région ont même créé le label “Vosges terre textile”,
qui assure qu’au moins 75 pour cent des étapes de fabrication sont
effectuées dans les
Vosges.

Pour Tenthorey, ce positionnement est “une carte à jouer”. Ainsi,
l’entreprise produit chaque année trois millions de sacs en coton pour la
grande distribution.
L’engouement pour des circuits moins polluants suffira-t-il néanmoins à
maintenir l’emploi en pleine crise économique? Yves Dubief se dit “réaliste.
Si on parvient à pérenniser ce qui existe en France, ce sera déjà bien”.
“Il y a un regain d’intérêt pour le fabriqué en France. Mais il ne pourra
prendre une ampleur significative qu’à la condition d’avoir des
investissements (…) pour produire au-delà du haut de gamme ou du textile
technique”, abonde David Cousquer, du cabinet Trendeo.

Et les annonces qui se succèdent de marques d’habillement placées en
redressement judiciaire ne rassurent pas. “Je m’attends à de la casse. Si
des
boutiques ferment, ce sont aussi des commandes pour la confection, et en
amont
pour les tissus, qui ne se feront pas”, anticipe le président de l’UIT.
(AFP)

Crédit : Unsplash – paysage des Vosges



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