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Bleu de travail, débardeur, jogging… Des modèles intemporels au Mucem de Marseille


Une espadrille de la fin du XIXe siècle.

C’est en découvrant que le président du Mucem, Jean-François Chougnet, commandait ses vestes de travail Lafont sur son site, De Toujours, qu’Isabelle Crampes a eu l’idée de cette exposition. L’entrepreneuse, qui travaille à faire de detoujours.com un « conservatoire vivant de l’histoire du vêtement » doublé d’une boutique en ligne, est aussi spécialiste de l’histoire de la mode durable. Elle se met alors à consulter en ligne le fonds du musée marseillais et constate que c’est l’un des plus documentés au monde en habits du quotidien et, plus largement, en arts et traditions populaires. Elle convainc son président qu’il faut davantage le partager.

La voici donc pour la première fois commissaire d’une exposition, aux côtés de Coline Zellal, responsable du pôle corps, apparences et sexualité au MuCEM. « Pourquoi certains vêtements traversent-ils les siècles ? Finalement, le patrimoine, c’est comme la permaculture, on se rend compte qu’il peut être moderne », avance Isabelle Crampes. Ces vêtements immortels ou « increvables », elle les appelle les « vêtements modèles », des pièces que l’on peut encore acquérir aujourd’hui et qui sont fabriquées à l’identique, selon le savoir-faire d’origine. Des basiques qui ont montré leur efficacité et qui valorisent « l’usage avant l’esthétique ».

Un kilt écossais.

Les deux commissaires en ont sélectionné cinq : le bleu de travail, le débardeur, l’espadrille, le jogging et le kilt, mais ils auraient pu être plus nombreux. Un long travail de documentation a permis d’identifier les ateliers et manufactures continuant aujourd’hui à les fabriquer. « Nous exposons 200 pièces – du prêt-à-porter à la haute couture, de la production en série au fait main –, le plus difficile ne fut pas de les trouver mais de les sélectionner parmi les 450 modèles que nous avions réussi à réunir, j’avais l’impression d’abandonner des pans entiers de culture. Il a fallu également être sélectif dans la rédaction des cartels, je voulais tout documenter, être synthétique. Pour moi, c’était comme une petite mort », raconte-t-elle.

Des photos de Raymond Depardon (ci-dessus) ou de Jacques Henri Lartigue  accompagnent les pièces sélectionnées par la commissaire d’exposition Isabelle Crampes.

Une riche iconographie accompagne ces pièces, notamment des clichés des frères Séeberger, de Robert Doisneau ou de Willy Ronis, observateurs précieux grâce auxquels on peut aujourd’hui recontextualiser l’histoire de ces vêtements. Mais aussi des estampes, des extraits de films, des clips, des affiches publicitaires… repositionnant le vêtement dans un contexte social. On y apprend que le mot « débardeur » vient du verbe « débarder », qui désigne le déchargement de marchandises, et que ce tricot de peau habillait les dockers ; que l’ancêtre de l’espadrille est une chaussure à semelle végétale tressée de l’Égypte ancienne (dont un modèle est exposé) ; que la moleskine, une toile de coton brossé au tissage particulièrement serré, utilisée pour fabriquer les bleus de travail, permettait de protéger les ouvriers d’outils tranchants et des projections de métal en fusion.

Des photos de Raymond Depardon ou de Jacques Henri Lartigue (ci-dessus) accompagnent les pièces sélectionnées par la commissaire d’exposition Isabelle Crampes.

« Pour le bleu de travail, nous exposons aussi bien une veste des années 1930 cent fois rapiécée et recousue qu’une combinaison Yves Saint Laurent ou que la figurine de Mario Kart en ­ salopette : nous les plaçons au même niveau d’information, afin de sortir d’une vision élitiste de la mode ; ce qui compte, c’est ce qui reste dans l’inconscient collectif », ajoute Isabelle Crampes. L’exposition, qui tient dans une seule salle, ­réussit son pari de faire de la mode populaire une source inépuisable d’érudition et un gage de style.

« Vêtements modèles », au Mucem, fort Saint-Jean ; ­bâtiment Georges Henri Rivière, quai du Port, Marseille 2e. Jusqu’au 6 décembre. mucem.org



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