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Chaussures de "running" : un David stéphanois à l'assaut des Goliaths internationaux


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Crédit : BV Sport Facebook

Saint-Étienne – C’est encore une très petite entreprise
mais elle a su se faire un nom dans le textile à usage sportif. BV Sport veut
désormais s’attaquer aux géants de la chaussure de “running”, avec un produit
100 pour cent “made in France”.

Dans ses ateliers de Saint-Etienne, dotés de métiers à tisser numériques de
dernière génération, BV Sport fabrique cuissards, bas et chaussettes de
compression, qui favorisent la récupération et réduisent les risques de
tendinites et de lésions musculaires.

La société compte parmi ses clients des noms aussi prestigieux que les
équipes de France de football et de rugby, le Paris Saint-Germain, l’Olympique
de Marseille ou Arsenal…
Saint-Etienne, rappelle le propriétaire de l’entreprise Salvatore Corona,
est la capitale française de la compression textile, avec des noms comme
Thuasne, Gibaud, Sigvaris… et BV Sport. Si les trois premiers sont surtout
présents dans les produits à usage médical, le petit dernier a lui choisi de
se spécialiser dans le sport.

Et ce dès le départ : l’un des fondateurs – deux médecins angiologues –
n’est autre que Michaël Prüfer, médaille d’or en ski de vitesse aux Jeux
olympiques d’hiver d’Alberville de 1992.

“Pour les veines profondes des sportifs, il faut un autre outil de
compression que les traditionnels bas à varices”, explique M. Corona. “Le Dr
Prüfer en a fait l’objet de sa thèse et a déposé un brevet”.

Comme une chaussette

Mais sa société vivotait jusqu’à sa reprise en 2006 par M. Corona, un
ancien industriel du bâtiment.
Depuis, le chiffre d’affaires est passé de 150 000 euros à 6 millions
d’euros. Les affaires vont bien au point que l’industriel se met à la
recherche d’une acquisition : ce sera celle de la petite marque de chaussure de
“running” Veets, conclue en juin dernier en pleine crise sanitaire.

“C’est la seule marque de chaussure de sport vraiment technique de
fabrication française”, relève M. Corona, “mais son fondateur s’est rapidement
heurté à la concurrence des marques fabriquées en Asie”.
BV Sport va lui apporter son bureau d’études et de design et la force de
son service commercial. Et surtout rapatrier sur Saint-Etienne sa production,
actuellement sous-traitée en Vendée.

La “tige”, la partie supérieure de la chaussure, peut être tissée d’un
bloc, d’une manière pas très différente des chaussettes que le groupe produit
déjà.

Ce type de fabrication permet de supprimer nombre d’interventions
manuelles. Les coûts de main d’oeuvre, déterminants dans le prix de revient
d’une chaussure, s’en trouvent ainsi réduits.
Reste toutefois un point bloquant : la semelle, en particulier la semelle
intermédiaire placée entre la tige et la “semelle d’usure” en contact avec le
sol.

“C’est le moteur de la chaussure, qui lui confère ses qualités d’amorti et
de rebond”, relève Jérémie Catteau, directeur général adjoint de Veets.
Or ces semelles, en éthylène-acétate de vinyle (ou EVA), sont
systématiquement fabriquées à l’étranger. “Nombreux sont ceux qui se sont
essayés à la fabriquer en France et tous ont abandonné”.

M. Corona assure toutefois être “en pleine étude pour la fabriquer en
France du côté de Romans”, un des derniers territoires hexagonaux où se
fabriquent des chaussures. “On se donne deux ans pour que nos chaussures
soient entièrement fabriquées ici”, avance-t-il.

“L’idée est d’obtenir le label Origine France Garantie, ce qui serait une
première” sur un marché archidominé par les importations, abonde son fils
Thomas qui pilote le projet.
“Made in France” et aussi écoresponsabilité : la tige des chaussures Veets
est tissée à partir de plastique recyclé.. et recyclable.

Un challenge ardu

Le marché est immense : la France compte 12 millions de pratiquants de la
course, dont les plus assidus achètent deux à trois paires de chaussures par
an.

“Même en en prenant une toute petite part, nos volumes vont exploser”,
pronostique M. Catteau.
BV Sport compte produire 16 500 paires de Veets cette année. Dans les cinq
ans, l’objectif est d’atteindre les 80 000 paires.
Mais Veets trouvera sur sa route des marques installées, comme les Japonais
Mizuno ou ASICS “qui font des produits techniques de qualité depuis cent ans”.
“Le challenge est ardu. C’est bien pour cela que personne ne s’y est risqué”,
relève Thomas Corona. (AFP)



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