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Des envies d’ailleurs à la Paris Fashion Week


C’est une horde d’adolescents déchaînés qui accueille les invités lors de chaque défilé de cette fashion week qui se tient à Paris jusqu’au 5 octobre. Agglutinés aux abords des shows, smartphone en main, ils quêtent leurs idoles, attendues aux premiers rangs. Chez Dior, c’est Jisoo, chanteuse du groupe de K-pop coréen Blackpink, qui attise les passions. Chez Saint Laurent, c’est sa consœur du même groupe, Rosé, tandis que chez Raf Simons, l’heureux élu s’appelle Mark Tuan, membre du groupe GOT7, coréen également. Des stars venues d’Asie qui font fantasmer ces jeunes adolescents, comme une envie d’ailleurs que les créateurs semblent partager avec leurs collections printemps-été 2022.

Dries Van Noten.

Vissé à son studio d’Anvers, Dries Van Noten a voulu s’échapper… en Inde, par vidéo interposée. Comment le Belge, l’un des meilleurs coloristes du secteur, n’aurait-il pas eu envie de plonger dans le festival Holi, cette fête des couleurs hindoue dont les participants se couvrent de poudreux pigments chamarrés à l’arrivée du printemps ? « J’y ai vu un symbole de l’envie d’être ensemble, de se retrouver, comme un nouveau départ », relate-t-il dans ce défilé filmé. Il prend part à cette célébration avec une contagieuse frivolité, en s’emparant de toutes les teintes imaginables, techniques couture en supplément : denim à strass et robes à manches ballon, troublants imprimés feux d’artifice, manteau hallucinatoire fuchsia et pomme, cascade de mousseline de soie et jeux de transparence…

Chloé.

Pour son premier défilé avec public depuis sa nomination chez Chloé en décembre 2020, l’Uruguayenne Gabriela Hearst s’est offert les quais de Seine ensoleillés pour décor. Très attachée à l’écoresponsabilité, la créatrice s’est adjoint les services de différentes associations à travers le monde. Les semelles des sandales sont créées par Ocean Sole, une association kényane récoltant les tongs trouvées sur les plages pour les recycler. Certaines pièces de la collection ont été brodées par les artisans d’Akanjo, association membre de l’Organisation mondiale du commerce équitable, à Madagascar.

Sur le podium, de longues robes en lin sont perlées de breloques ou de coquillages, les costumes d’été sont façonnés dans un jaune éclatant ou un pêche doux, un poncho frangé accompagne un pantalon souple… Un vestiaire qui respire l’ailleurs et le bohème, le sable chaud et les embruns.

Les nuances d’un coucher de soleil

Isabel Marant, qui vient d’annoncer la nomination de sa collaboratrice de longue date, Kim Bekker, en tant que codirectrice de création, a présenté sa collection de l’été prochain au cœur du jardin du Palais-Royal, comme à son habitude. « J’avais envie d’un vestiaire de plage, sans lieu précis en tête. Ce sont les plages du monde entier ! J’ai été inspirée par la couleur, et notamment les photos de Hans Feurer, photographe suisse des années 1990, qui faisait ces photos de filles très healthy et sporty. Je voulais avoir beaucoup de peau, avec des vêtements de plage, comme une fille qui passe de la ville à la plage ou de la plage à la ville », détaille la créatrice dans les coulisses.

Isabel Marant.

Les maillots de bain sont portés avec des sweat-shirts courts ou des parkas en soie parachute très légères, les imprimés sont d’inspiration japonisante ou rappellent les graffitis pop des années 1980, une salopette est associée à une blouse en broderie anglaise… La palette de couleurs, évoquant les nuances d’un coucher de soleil en plein été, galvanise le tout.

Grand air également pour Sébastien Meyer et Arnaud Vaillant, le duo de Coperni, époux à la ville, qui ont présenté leur collection au milieu d’un champ de chanvre recréé au cœur d’un grand bâtiment dans le nord de Paris. Baptisée « Spring Summer 2033 », la collection met la nature au centre de son propos. « C’est un message d’optimisme. On s’est autorisés à faire de la couleur, des matières légères, des imprimés… C’est le plein été, à la plage, avec un côté très festif. »

Coperni.

Les tailleurs sont moins formels et plus déstructurés, les vestes ont des volumes réconfortants, les imprimés évoquent la pop culture – le smiley, le yin et le yang, Beavis and Butt-Head… –, les jupes fendues nouées à la taille sont recouvertes de motifs végétaux, les maillots de bain ont un imprimé psychédélique, des tops vert électrique drapés à même la peau cachent juste la poitrine. Côté accessoires, un sac origami est inspiré du visuel en corolle de l’application « Photos » dans les iPhone, tandis que d’autres, façonnés dans un cuir blanc nacré, prennent une forme allongée comme s’ils avaient fondu au soleil. Un coup de chaud rafraîchissant.

Cecilie Bahnsen.

C’est chez elle, à Copenhague, que la Danoise Cecilie Bahnsen a dessiné ses robes bouffantes, « avec mon jeune fils, qui m’a aidée à dessiner les fleurs que j’ai fait reproduire puis découper dans la soie », raconte-t-elle avec tendresse en accueillant dans la galerie des Filles du Calvaire, au centre de Paris. Présentées sur des mannequins statiques au rez-de-chaussée, ses créations prennent une autre ampleur lorsqu’on monte les escaliers : on les contemple alors saisies dans les rues de Tokyo par le photographe Takashi Homma. La preuve que le voyage et l’échange enrichissent toujours le travail.

Des fibres récupérées dans les invendus

« De nombreux membres de ma famille habitent en banlieue de Tel-Aviv et, à cause de la pandémie, cela fait deux ans et demi que je n’ai pas pu les voir, faute de pouvoir me déplacer, souffle le Français Benjamin Benmoyal, 30 ans. A défaut, j’ai pensé qu’une collection pourrait me rapprocher d’eux, et je me suis donc plongé dans mes origines marocaine et égyptienne. » A partir de photos de famille et de dessins d’illustrateurs et photographies de tribus berbères prises dans les années 1930, il a emmené la collection vers d’amples tuniques et ensembles rayés, confectionnés à partir de fibres récupérées dans les invendus de grandes maisons parisiennes et mis en lumière dans une vidéo éclatante tournée à Tenerife.

Courrèges.

Il n’est pourtant pas nécessaire de partir loin pour s’évader. Chez Courrèges, c’est au cœur du bois de Vincennes que Nicolas Di Felice a déroulé sa nouvelle partition. Un lieu connu pour ses fêtes clandestines, où le créateur de 38 ans a ses habitudes. Il présente un vestiaire articulé autour des vêtements des festivaliers. Capes antipluie en vinyle aux formes géométriques, parkas et bombers en satin de soie aux volumes accentués, petites robes trapèze aux poches plaquées, pantalons taille basse aux jambes évasées… Les cuissardes allongent la jambe sans jamais tomber dans le vulgaire, la palette de couleurs sobre et efficace – noir, blanc, bleu… – affirme la modernité de l’ensemble. L’esprit sixties de Courrèges est bien présent, avec les envies et les codes de notre époque.

Lire aussi La Paris Fashion Week reprend des couleurs

En matière de voyage, toutefois, personne ne s’aventure aussi loin que Rick Owens. Après plusieurs saisons à filmer ses parades à Venise, le revoilà sur son parvis fétiche du Palais de Tokyo. Et quelles retrouvailles ! Il faut voir, tandis que des machines embrument les fontaines et le public en expulsant une épaisse fumée blanche, que des mages noirs postés sur les toits jettent des feuilles de jasmin dans le vide, déambuler les femmes qu’il habille.

Rick Owens.

Elles avancent, mi-conquérantes, mi-cœurs de guimauve, épaules marquées et cape en gaze, cuissardes compensées de maîtresse dominatrice et mailles sens dessus dessous délicates comme des toiles d’araignée, lunettes « sci-fi » et robes aux plissés flottants à la Madeleine Vionnet… Sévères et sensibles. Comme Michèle Lamy, la femme de Rick Owens, icône des initiés de la mode, qui ouvre le spectacle. A sa suite, les héroïnes de l’Américain n’embarquent ni pour un festival indé à l’étranger ni pour une croisière luxueuse au bout du monde, mais semblent être prêtes pour Mars ou Vénus, à la recherche d’un refuge de beauté le plus lointain (et le plus mystérieux) possible.



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