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En mode confinés : le pyjama H24


JEAN-MICHEL TIXIER POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

Les heures passent, les journées filent, les semaines défilent et, pourtant, le temps semble s’être arrêté, nous laissant sans repères ni certitudes. Est-ce encore l’hiver ou déjà le printemps ? sommes-nous au mois de mars ou en avril ? et puis mardi ou vendredi ? le matin ou le soir ? le jour ou la nuit ? Les réponses sont d’autant plus difficiles à trouver que la paresse nous empêche désormais d’ouvrir les volets et que notre tenue ne nous offre plus aucun indice.

Après les expérimentations avortées de la robe de chambre en soie (too much) et du vieux jogging (pas assez), nous voilà vêtu d’un pyjama en popeline bleu ciel. Le bas est un pantalon fluide et ample, retenu à la fois par un cordon et une série de boutons. Le haut est proche d’une chemise, mais se caractérise par son col tailleur et ses trois poches plaquées. Un liseré bleu marine vient égayer l’ensemble.

Froissements, coulures de bave et secrétions diverses

Ainsi habillé, nous passons désormais du lit au canap’, du sommeil à l’éveil, en toute fluidité, c’est-à-dire sans le moindre effort ni le moindre passage par le placard ou la salle de bains. Au premier bâillement venu, c’est avec empressement que nous allons nous coucher, méprisant tous ces tristes sires en sous-vêtements et tee-shirts publicitaires. Et peu importe si nous savons que les boutons du pyjama nous grifferont et nous réveilleront régulièrement au cours de la nuit… Le sentiment d’être un homme civilisé dans une société en voie d’effondrement compense bien des désagréments et des blessures superficielles.

Quelques heures plus tard, c’est donc fourbu, mais fier de faire perdurer une tradition vestimentaire ancestrale (le mot « pyjama » vient du persan pae jamah, terme désignant historiquement un ­pantalon couvrant les pieds et les jambes), que nous nous réveillons et que nous apportons vers le jour les traces de la nuit. Concrètement, sur la popeline bleu ciel de notre pyjama, particulièrement salissante, les froissements, coulures de bave et sécrétions diverses resplendissent.

Et ce n’est qu’un début. Chutes de café, gouttes de confitures et miettes de viennoiserie viendront compléter le tableau… Au fil de la journée, des siestes et des allers-retours vers le frigo, notre pyjama en popeline bleu ciel prendra ainsi une nouvelle dimension, et une patine étonnante, celle de la vie confinée. Bientôt se posera la question suivante : ce beau pyjama est-il encore digne d’un homme civilisé ? Même si le temps n’existe plus, nous allons prendre celui de la réflexion.

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