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enquête en cours, questions sans réponse


Tanger (Maroc) – Quel degré d’illégalité ? Quelles
conditions de travail et de sécurité ? Qui savait ? Quel poids pour ce secteur
informel ? Les interrogations sont nombreuses au Maroc mercredi, deux jours
après la mort de 28 personnes dans l’inondation d’un atelier de textile
clandestin, à Tanger (nord).

L’affaire a suscité une vague d’indignation sur les conditions de travail
au Maroc, relançant un vieux débat sur les failles du secteur informel – qui
représente un tiers du PIB du pays, selon un récent rapport de la Banque
centrale – et sur la tolérance des autorités face au non-respect des lois.
Le seul communiqué officiel fait état d’une “unité clandestine de textile”
mais le statut de l’atelier de confection situé au sous-sol d’une résidence
privée d’un quartier du sud-est de la ville portuaire “reste à vérifier”, a
indiqué à l’AFP une source au sein de la police.

Le propriétaire “est toujours en réanimation à l’hôpital et sera entendu
quand son état le permettra”, selon cette source.
“La société est en règle. Il paie ses impôts et les employés sont
déclarés”, a assuré sa soeur dans une vidéo diffusée sur Youtube. Selon elle,
tout est fait “pour dédouaner” l’Etat et la société d’assainissement de la
ville de leurs “responsabilités”, l’inondation provoquée par des pluies
torrentielles n’ayant pas déclenché le système de pompage dédié.

“Cette société dispose d’un registre de commerce, elle est tout à fait en
règle”, a confié à l’AFP un représentant local de l’Association marocaine des
industries textile. Parlant sous couvert d’anonymat, il pointe lui aussi
“l’infrastructure défaillante” en souhaitant que l’on “demande des comptes aux
services d’assainissement”.

Selon lui, “ces ateliers de proximité existent par centaines à Tanger et
font vivre des milliers de familles”. “Je n’imagine pas qu’ils soient tous
dans l’illégalité puisqu’ils travaillent pour des grandes marques
internationales”, affirme-t-il.

“Ils sont en règle sauf qu’ils ne respectent pas les mesures de sécurité,
mais ce n’est pas de leur faute”, résume Abdelatif Saydi, technicien dans une
unité de lavage de vêtements.
“S’ils ne sont pas autorisés, on peut considérer que c’est un crime, mais
c’est aussi un crime s’ils sont autorisés parce qu’ils ne respectent pas les
conditions nécessaires à la production industrielle et ne se trouvent pas en
zone industrielle”, estime pour sa part Abdelaziz Janati, un avocat militant
pour les droits humains, dans un entretien avec l’AFP.

“Exploitation”

Le syndicat CDT a dénoncé “la prolifération d’unités de production
illégales” à Tanger, “l’exploitation des ouvriers” et “l’absence de conditions
de travail adéquates” dans un communiqué publié mardi.
Selon une étude publiée en 2018 par la Confédération patronale marocaine
(CGEM), plus de la moitié (54 pour cent) de la production du secteur “textile et cuir”
du Maroc provient d’unités “informelles”, incluant des unités de production
“ne répondant pas aux normes légales”.

Conditions précaires, salaires très bas, horaires harassants, normes de
sécurité discutables… les pratiques du secteur textile ont été épinglées par
différents rapports.

En 2012, l’ONG espagnole Setem avait lancé une campagne “Habits propres”
contre les marques espagnoles qui sous-traitaient à l’époque à Tanger — comme
Mango, Cortefiel, El Corte Inglés ou les nombreuses filiales du groupe Inditex.
La télévision nationale marocaine y a même consacré un reportage diffusé en
2019: “90 pour cent de ces usines travaillent dans l’illégalité. Ils louent des caves
dans des quartiers résidentiels, 120 mètres cubes avec une quarantaine d’ouvriers non
déclarés, sans protection incendie, ni assurance”, y assurait un opérateur du
secteur textile.

L’Observatoire du nord des droits humains, une ONG locale, affirme pour sa
part avoir constaté à Tanger “l’existence de plusieurs ateliers situés dans
des sous-sols de maisons ne respectant pas les normes de sécurité, même
pendant la pandémie de coronavirus”.

Lundi, les eaux ont subitement submergé l’atelier sous-terrain, “les
victimes se sont retrouvées coincées sans aucune issue de secours” et sont
“mortes noyées”, selon le commandant régional de la protection civile.
La résidence fait partie d’un “lotissement construit près d’un oued
(rivière) ce qui est interdit” car c’est une zone inondable, et son permis de
construire ne prévoyait pas de sous-sol, selon Ahmed Ettalhi, président de la
commission de l’Urbanisme cité par le site Media24. (AFP)

Crédit : Unsplash



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