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Entre le village de Lacoste et Cardin, “je t’aime moi non plus”


Lacoste (France) – Il voulait en faire un “Saint-Tropez
de la culture” : après avoir racheté en 2001 le château du Marquis de Sade,
Pierre Cardin a investi des millions d’euros à Lacoste, au coeur du Luberon,
multipliant les acquisitions immobilières, au grand dam d’une partie des
habitants.

En 2001, son arrivée dans le village est plutôt bien vécue. Le couturier
s’offre les ruines du château, datant du XIe siècle, où le “divin marquis”
vint s’installer avec sa femme en 1763 pour y vivre par intermittence.
“J’ai été immédiatement séduit par les lieux, j’ai tout de suite vu la
possibilité d’y faire un nouveau centre culturel”, explique alors Pierre
Cardin, qui promet même d’y organiser en 2001 une “soirée libertine”, en
hommage à l’auteur de “Justine”.

En réalité, c’est surtout un festival dédié à l’art lyrique et au théâtre
que crée le couturier, qui s’est engagé auprès de l’ancienne propriétaire du
château à le céder à l’Institut de France à sa mort. Dans les ruines et une
carrière attenante aménagée en plein air, sous la responsabilité d’Eve
Ruggieri, divas et mélomanes jouissent d’un site exceptionnel.
“Ca ne gênait pas vraiment les gens à l’époque”, déclarait en 2017 à l’AFP
une habitante, Anne Gallois, car “personne n’avait l’argent pour acheter et
restaurer” le château.
“C’est à partir du moment où il a acheté à tour de bras des maisons à
l’intérieur du village que ça s’est corsé”, ajoute l’auteure d’un livre
intitulé “Du côté de chez Sade, histoire d’un village vendu”.

Trois fois le prix

Au fil des années, le couturier a multiplié les acquisitions dans le
village, déjà prisé en leur temps par André Breton, Max Ernst, Pablo Picasso,
Henri Cartier-Bresson ou René Char, et qui accueille les étudiants d’une école
d’art américaine dans l’annexe provençale de leur établissement.
Le but de Pierre Cardin? Loger ses invités, ouvrir des résidences
artistiques, en un mot “construire” : “Je veux faire de ce village un
Saint-Tropez de la culture. Sans le côté show-biz”, expliquait-il en 2008 au
Monde.

Au sein du village, l’opposition s’organise, convoque les médias, tague les
murs de messages hostiles. En vain: le couturier séduit de nombreux
propriétaires en proposant des prix d’achat “trois fois supérieur à celui du
marché”, selon Mme Gallois.
Une quinzaine d’années plus tard, en 2017, la liste des propriétés du
couturier agace Cyril Montana, militant “anti-Cardin” de la première heure:
“Il y en a tellement… Une quarantaine de maisons, une dizaine de boutiques
et pas mal de galeries, une cinquantaine d’hectares de terrain”, égrènait-il.
“Dans une des boutiques, Pierre Cardin vend des produits de chez Maxim’s
(célèbre enseigne parisienne qu’il possède, ndlr), les maisons réhabilitées et
meublées sont vides quasi toute l’année et la seule boulangerie du village
sert elle aussi de garde-meubles”, tempêtait-il.

La résistance s’étiole

Si le résultat a désespéré certains des habitants, il a attiré en revanche
des touristes curieux d’admirer les monts du Luberon mais aussi les oeuvres de
Pierre Cardin… présentées dans des magasins illuminés jour et nuit, dont les
portes sont constamment closes.

La fièvre acheteuse –et rénovatrice– du couturier a aussi permis de créer
des emplois, au moins pour un temps, et d’irriguer l’économie locale. “Pierre
Cardin a toujours fait appel à des entreprises locales pour mener les travaux,
employant au passage énormément de gens”, concède Anne Gallois.

“J’y ai mis des millions d’euros et j’ai fait travailler, pendant presque
sept ans, une demi-douzaine d’entreprises locales”, rappelait, à propos du
seul château du marquis de Sade, le couturier au Monde en 2008.

Au fil du temps, la résistance s’est étiolée. Cyril Montana, écrivain et
journaliste, avec des attaches familiales à Lacoste, a tiré de cette histoire
un documentaire acide sorti en 2020, “Cyril contre Goliath”. (AFP)

Crédit : Marco Bertorello / AFP



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