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Fermeture de Tati à Barbès, la fin d’une époque


Paris – Venue avec son amie Lydie faire ses emplettes
chez Tati, célèbre enseigne du boulevard de Rochechouart à Paris, Fatima
Amerouche, 46 ans, ne veut pas croire que le temple de la consommation de
son
enfance va bientôt fermer ses portes.

“C’est toute ma jeunesse, Tati Barbès. C’est comme si on perdait
quelqu’un”, lance-t-elle, ajoutant que sa mère de 90 ans est “effondrée”.
C’est tout un pan de la vie des Amerouche qui se retrouve bouleversé.
Dans
cette famille de 12 enfants, le rituel a toujours été le même, chaque mois
d’août avant la rentrée scolaire : la famille originaire de Maubeuge
embarquait
dans un train, direction Paris pour y passer deux jours chez des proches.

Loin de l’avenue des Champs-Elysées ou de la tour Eiffel, le point d’orgue
de la visite était ce monument du commerce parisien, puis le déjeuner au
restaurant Quick, adjacent au magasin. Retour ensuite dans le Nord, les bras
chargés des sacs emblématiques aux couleurs vichy remplis d’affaires bon
marché.
“C’est dur d’habiller une famille de 12 enfants. On avait même droit à un
jouet chacun”, se remémore celle qui vit désormais dans l’est parisien. “On
était tellement contents”.

“Les plus bas prix”

Jouets, collants, vaisselle, cartables, pyjamas… On trouvait de tout
chez
Tati et dans les grands bacs installés sur le trottoir. Un lieu mythique du
commerce parisien installé dans ce quartier populaire depuis 1948.
Rares sont les personnes croisées qui ne seront pas d’accord avec le
slogan
“les plus bas prix” de la marque fondée par Jules Ouaki, qui éclaire encore
chaque soir de rouge les nombreux badauds et vendeurs de cigarettes à la
sauvette sur cette place grouillante de monde, au carrefour de deux grands
boulevards.

“Des prix qui défient toute concurrence!”, acquiesce dans un sourire Anita
Dieng, Levalloisienne de 46 ans et ancienne habitante du quartier voisin de
la
Goutte-d’Or.
“En plus de ça, il y a de la qualité chez Tati, ça dure, ça n’est pas de
la
camelote”, juge cette paysagiste rencontrée aux abords du magasin.
Outre la nostalgie, c’est aussi de la colère qui étreint cette fidèle
cliente, alors que le groupe GPG, repreneur de l’enseigne en 2017, avait
promis de maintenir la marque. Or depuis, les boutiques ont été remplacées
ou
reprises l’une après l’autre, notamment par des boutiques Gifi.

“C’est une honte”, réagit-elle, ajoutant que la marque aux couleurs rose
et
blanc “fait partie de l’identité française” et représente la diversité. Une
identité et des couleurs immortalisées dans le clip du groupe de rap 113
“Tonton du bled” en 1999, entré depuis dans le patrimoine de la chanson
française.

Pandémie

Mais la pandémie de Covid-19 est venue récemment balayer les espoirs de
sauvegarde de Tati Barbès.
Selon son directeur général délégué Thierry Boukhari, Tati “n’a pas vu le
retour de ses clients vers son centre historique de Barbès” et a accusé une
baisse de 60 pour cent des ventes entre octobre 2019 et mai 2020 par
rapport à la même
période l’année précédente.

“Je suis triste pour eux”, les vendeurs, regrette Lydie Sigismeau,
Parisienne venue acheter des rideaux, des nappes et du linge de maison pour
sa
mère avant la fermeture du magasins. “Je suis triste pour nous”.
Issue d’une fratrie de sept enfants, elle se rappelle elle aussi le
pèlerinage en famille dans les allées du magasin, et les nombreux services
que
Tati a rendus à l’époque à cette famille habitant la Seine-Saint-Denis.
“Quand il y avait les mariages, les fêtes, les baptêmes on venait ici
(…)
C’est une page qui se referme. Il n’y aura plus de Tati”.
(AFP)

Crédit : MEHDI FEDOUACH / AFP



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