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Finalistes envers et contre tout


Un gant d’Andrea Grossi, réalisé dans l’atelier Causse.

Ce 22 janvier, ils étaient dispersés un peu partout en Europe, mais tous dans le même état de nervosité. Attendant de savoir si, oui ou non, ils seraient retenus pour le concours mode, parmi les finalistes de la 35e édition du Festival de Hyères. « Un événement dont on me disait sans cesse depuis mon arrivée en France qu’il pouvait créer des liens entre art et mode avec une puissante énergie », raconte la Polonaise Katarzyna Cichy, 28 ans. Elle était sur son vélo dans une rue de Paris, douchée par une averse, quand la nouvelle est tombée : « J’ai plané. »

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Au même moment, l’Italien Andrea Grossi assistait à une exposition près de Bologne ; le Belge Tom Van der Borght traînait, anxieux, dans son appartement de Gand ; Emma Bruschi, originaire de Marseille, avait choisi un bar si bruyant qu’elle a peiné à entendre son nom dans le live Instagram qui fit office de révélation. Sans parler du Lillois Xavier Brisoux, l’aîné du groupe (42 ans) : « Je n’avais pas Instagram à cette époque. N’ayant pas reçu de coup de fil, je noyais mon chagrin dans une tablette de chocolat. » Jusqu’à ce que le téléphone sonne enfin quelques minutes plus tard et qu’on lui apprenne qu’il était sélectionné. Cette même soirée, la Chine annonçait le confinement de la métropole de Wuhan, où « un virus mortel » avait fait 17 victimes : personne n’imaginait alors qu’il chamboulerait la planète et rendrait impossible la tenue, du 23 au 27 avril, du Festival.

Bâtir une collection de sept silhouettes

En février, lorsqu’ils se rencontrent tous à Paris en compagnie des dix finalistes du Grand Prix accessoires de mode Swarovski, tout paraît encore sous contrôle. « On était naïfs », sourit Emma Bruschi. Durant trois jours, comme il est de coutume, les finalistes s’apprivoisent et rencontrent les mécènes du Festival. Ils font un tour chez le géant du luxe Kering ; visitent les ateliers et archives de Chloé, pour qui ils doivent créer chacun un look fidèle au style de la maison en espérant remporter le Prix Chloé (20 000 euros) ; font de même dans les Métiers d’art de Chanel (20 000 euros là aussi, pour celui ou celle qui aura le mieux collaboré avec la maison artisanale qui lui sera proposée).

Le travail d’Emma Bruschi.

Leur mission principale reste néanmoins de bâtir une collection de sept silhouettes soumise au jury. « Un défi qui, si tu ne veux pas finir en craquage nerveux, exige une solide discipline », rappelle Maximilian Rittler, 30 ans, Autrichien installé à Anvers. Pour se fournir en tissus et en matières premières, les finalistes se rendent au salon Première Vision et sur ses stands partenaires. C’est là ­qu’Andrea Grossi déniche divers cuirs recyclés qui constituent la base de sa collection ludique, avec inspiration mangas et motifs Dragon Ball Z. « J’ai tellement l’habitude d’acheter dans les magasins de seconde main qu’à Première Vision j’ai tout choisi très vite », se souvient le Belge Tom Van der Borght. S’y approvisionner n’a rien d’obligatoire. Maximilian Rittler, adepte du « surcyclage », a, par exemple, préféré travailler à partir de chutes de tissu et de canettes de bière pour sa collection qui habille des rockeurs trash en sortie de scène. « Avec moi, tout le monde a sa chance, dit-il, nobles étoffes comme mauvais synthétiques. »

Fin des illusions

Accaparés par leurs projets, ils ont la tête ailleurs lorsque, au beau milieu de leur séjour parisien, l’Organisation mondiale de la santé assène que le coronavirus constitue « une très grave menace ». Les choses se corsent… Les finalistes commencent à collaborer avec les Métiers d’art de Chanel. Katarzyna Cichy, dont la collection s’inspire de Jeanne Barret, une exploratrice androgyne du XVIIIe siècle, fait la connaissance des équipes de l’orfèvre Goossens. « Ils m’ont montré comment élaborer des formes en cire, comment ils modelaient les métaux. Au final, j’ai réalisé sept bijoux que j’ai d’abord sculptés en céramique, prototypes qu’ils ont ensuite transformés en laiton doré. » L’Italien Andrea Grossi, 24 ans, est l’un des premiers à être confiné. Il multiplie les réunions Zoom avec le gantier Causse pour trois paires en cuir : « Ils ont fait ce que j’avais demandé, à la couture près. Je n’avais jamais vu une telle précision ! »

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Le 17 mars sonne définitivement la fin des illusions. La France entame deux mois de confinement, obligeant le Festival à annoncer son report à l’automne. Tous les candidats décrivent les mêmes émotions successives. « D’abord, la tristesse, le sentiment d’être stoppé net alors que nous étions tous en voie de création, dans une énergie effervescente, résume Xavier Brisoux, qui proposera à Hyères des pièces sculpturales façonnées avec la maison Paloma. Puis, avec un peu de distance, la prise de conscience que c’était une chance d’avoir plus de temps pour finir nos collections. » Lui a profité du confinement pour entrer en contact avec de nouveaux collaborateurs et toute une flopée d’illustrateurs de comics qu’il admire (David Finch, Adam Pollina, Frank Quitely…), qui ont accepté de lui envoyer des dessins pour parfaire son livret de présentation. « J’étais intimidé comme un gosse. »

Confinés mais en contact

Dans ces journées d’isolement et d’inquiétude, Tom Van der Borght, lui, a eu envie de « mettre à jour » son projet en collaboration avec l’atelier Montex. À ses tenues queer, bricolées et bariolées, faites de tubes en plastique, de cordes d’alpinisme, de câbles ou d’élastiques, il a « ajouté des couches, des broderies, de la laine, pour donner davantage l’impression d’un habit-cocon, une ­protection dont on a envie depuis le printemps ». Tout ce temps du confinement, les dix finalistes sont restés en contact sur WhatsApp, blaguant sur leur maudit sort de créateurs empêchés, s’échangeant des images ou des références qui les nourrissaient, souhaitant à tel ou telle son anniversaire. « On s’est soutenus les uns les autres, assure Katarzyna Cichy. Nos retrouvailles en seront peut-être encore plus puissantes. »

« On se souviendra peut-être qu’on aura su faire preuve de persévérance, nous qui ­ resterons pour toujours la promotion corona du festival. » Tom Van der Borght

Celles-ci ont finalement eu lieu le 6 octobre à Hyères. Si chacun avait fait acheminer ses vêtements bien emballés dans des cartons, restait encore à choisir leurs mannequins, à répéter, à roder le discours qu’ils tiendront, entre le 15 et le 18 octobre, devant les jurés… « Ce qui m’effraie le plus est mon anglais parfois fragile », avoue Andrea Grossi. « J’ai la chance que ma famille soit à Marseille et puisse venir jusqu’à Hyères, mais cela m’attriste que les conditions de voyage compliquées fassent que certains ne pourront pas être entourés de leurs proches », regrette Emma Bruschi, qui tentera sa chance avec son vestiaire et ses bijoux concoctés avec Lemarié et inspirés du monde agricole, mêlant cuir, paille, crochet et ­broderies.

Dans ce festival qui célèbre les noces de la mode et de l’art, beaucoup se disent impres­sionnés par le président du jury, Jonathan Anderson, directeur artistique de Loewe et de sa propre marque, convaincu de longue date par cette hybridation et défenseur d’un artisanat de haute facture. Ils avouent aussi être intimidés par le juré Tim Blanks, le critique britannique à l’encyclopédique culture de mode qu’on ne berne pas aisément…

Les travail de Tom Van der Borght. 

« Cela fait maintenant presque un an que j’ai en tête la collection que je veux défendre à Hyères ! Il est temps de la montrer pour passer à autre chose, en espérant que le Festival soit une occasion pour se faire une place dans cette industrie difficile à pénétrer », espère Maximilian Rittler, qui aimerait bientôt s’installer à Paris. « Il faut croire aux opportunités plus qu’aux limitations. Une crise apporte toujours des discussions plus profondes, veut aussi positiver Tom Van der Borght. Et on se souviendra peut-être qu’on aura su faire preuve de persévérance, nous qui ­resterons pour toujours la promotion corona du festival. »



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