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Haute couture : De l’opulence ! De l’exubérance !


Une nouvelle saison de mode 100 % virtuelle s’achève. Du 24 au 28 janvier, 28 maisons ont présenté à Paris leur collection haute couture. Pour bénéficier de cette appellation strictement française, les marques doivent répondre à des critères précis : présenter deux collections par an, dont chaque modèle doit être réalisé sur-mesure, à la main, dans des ateliers comprenant au moins 20 personnes. Comment traduire ce travail d’orfèvre en vidéo, quand rien ne vaut de le voir « en vrai » ? La plupart des maisons ont contourné le problème en montrant des films narratifs, peu centrés sur le détail des vêtements, ou en captant le défilé de loin, comme s’il s’agissait de prêt-à-porter. Leur point commun : une mode opulente, parfois exubérante, pour s’évader d’un quotidien qui n’en finit pas d’être morose.

Christian Dior.

En 1946, dans la rue Saint-Honoré, à Paris, Christian Dior marche par inadvertance sur une petite étoile abandonnée au sol. Il y voit un signe du destin et accepte l’offre de l’industriel Marcel Boussac de fonder sa maison de couture. Jusqu’à sa mort, la superstition l’habitera – il faisait régulièrement appel aux services de l’astrologue Mme Delahaye. Maria Grazia Chiuri, directrice artistique des lignes femme, partage avec Christian Dior le goût de la divination et du tarot, qui constituent le socle de cette collection couture. « En cette époque, on a besoin de rêver, d’être positif. Un peu de mystère aide à s’évader », estime-t-elle.

Elle s’est appuyée sur Le Château des destins croisés (1969) d’Italo Calvino. Dans ce roman fantastique, l’auteur utilise comme un scénario le jeu de tarot Visconti-Sforza, cet ensemble de cartes du XVe siècle où les personnages sont inspirés de la cour aristocratique milanaise. Dans cette collection, l’esprit Renaissance transparaît à travers les tissus d’aspect rustique comme la soie shantung à la surface légèrement cannelée et des fils d’or pour évoquer les enluminures des cartes effacées par le temps.

L’artiste Pietro Ruffo a conçu une série d’illustrations de tarots et le réalisateur Matteo Garrone a mis en scène les silhouettes dans un film ésotérique où une « impératrice » surgit dans une longue robe de velours dévoré tout en or, décorée des signes du zodiaque. La « tempérance » apparaît dans une robe drapée d’une pièce de velours ornée de fleurs peintes à la main. Le « bateleur » porte un long manteau brodé de plumes azur et orange formant de subtils entrelacs. Et « la mort », une longue robe plissée en gaze gris et or brodée de cristaux, étincelante comme les tenues de Catherine Deneuve dans Peau d’âne.

Schiaparelli.

Pas question de renouer avec le réel en découvrant la collection de Schiaparelli. Pour le directeur artistique Daniel Roseberry, l’idée-maîtresse de la saison est claire : « Dans les années 1920 et 1930, la haute couture était faite de tissus d’une finesse extraordinaire, de broderies sur lesquelles on aurait pu souffler pour les faire s’envoler… Elsa Schiaparelli a apporté de l’audace, quelque chose de brut et de massif dans cet univers si délicat. Avec cette esthétique surréaliste que je me dois de conserver. »

Et voilà un bustier à abdos apparents porté sur une jupe à nœud géant rose shocking, une robe dont la traîne est un mètre de couture brodé version XL, des bottines en cuir noir dont le bout doré ressemble à un moulage d’orteils de statue, et des boucles d’oreilles si énormes (en forme de baleine ou de cadenas) qu’on les accroche à une sorte de serre-tête métallique plutôt qu’à ses lobes… Bref, la haute couture dans sa dimension la plus flamboyante et arty.

Charles de Vilmorin.

Ambiance surréaliste aussi chez Charles de Vilmorin. A 24 ans, la nouvelle sensation de la scène parisienne a présenté sa première collection haute couture dans un film à l’image de sa mode : poétique et pictural. Le lointain descendant de l’écrivaine Louise de Vilmorin a peint chaque pièce à la main, dans ce style haut en couleurs qui pourrait le rapprocher d’un Chagall ou d’une Niki de Saint Phalle. Des motifs entrelacés de papillons, de visages qui s’embrassent et de corps nus recouvrent des robes aux volumes exagérés qu’on imagine autant portées qu’exposées dans un musée.

Giambattista Valli.

Giambattista Valli n’est pas en reste, question exubérance. D’une cape du soir en cascade de volants à une robe de bal brodée d’un champ de roses en organza, tout, dans sa nouvelle collection, est volumineux, froufroutant, luxuriant. La collection présente une inflexion andalouse qu’on n’attendait pas forcément de ce natif de Rome. « Envie de voyage », explique-t-il. En ces temps contrariés, Giambattista Valli capitalise sur l’image. « La haute couture ne concerne qu’une poignée de femmes, mais c’est une manière importante de s’adresser au grand public, parce que c’est l’inspiration la plus libre qu’on puisse partager, le rêve le plus absolu… »

Ronald van der Kemp.

L’humeur est également légère chez Ronald van der Kemp, le créateur néerlandais qui propose une « couture éthique », réalisée à partir de stocks de tissus existants. Sa collection printemps-été 2021 est mise en scène dans une vidéo dont l’esprit espiègle et l’esthétique ultra-pigmentée rappellent les films de Wes Anderson. Des filles en smoking doré et en robes du soir brodées s’alanguissent sur les canapés d’un palace, une vamp en robe rétro satinée traverse le bar déserté, des oiseaux de nuit en boléros frangés se donnent rendez-vous dans une chambre pour danser comme si le Covid n’existait pas – ou plus.

Iris van Herpen.

De son côté, crise sanitaire ou non, Iris van Herpen parvient toujours à dépayser le spectateur en le confrontant à des formes inhabituelles. Cette saison, la créatrice néerlandaise s’est tournée vers les champignons et la terre. Des racines sinueuses s’entrecroisent le long de robes fluides, les volumes courbes des spores sont matérialisés par de l’organza de soie gonflé, leur corolle par des tissus plissés et translucides, leurs lamelles s’expriment dans des empiècements découpés au laser, posés en couronne sur le tablier d’une robe ou les épaules. Certaines silhouettes semblent vénéneuses, toutes forcent l’admiration.

Fendi.

Pour le premier défilé de Kim Jones chez Fendi, la griffe romaine propriété de LVMH a déployé de grands moyens : après une campagne shootée par le photographe star Paolo Roversi placardée dans les rues et la presse, un défilé grandiose a été organisé au palais Brongniart, à Paris. Le décor prend la forme d’un panoptique rythmé par des néons, des blocs transparents en forme de « F » (pour Fendi). L’atmosphère est solennelle, tout comme la bande-son concoctée par Max Richter et les visages de l’essaim de top modèles (Naomi Campbell, Kate Moss et sa fille, Christy Turlington, Bella Hadid) venues défiler pour leur ami Kim Jones.

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Le moment est crucial : c’est la première collection féminine du designer anglais qui n’a jusqu’à présent fait que de l’homme (chez Vuitton puis chez Dior où il est toujours en poste), et il s’agit de prendre la suite de Karl Lagerfeld, qui a occupé le poste de directeur artistique femme jusqu’à sa mort en janvier 2019.

Le storytelling autour du défilé s’emploie à tisser des liens entre Rome et l’Angleterre de Kim Jones. Sont cités comme principale source d’inspiration Virginia Woolf et son Bloomsbury Group, qui réunissait artistes et intellectuels anglais au début du XXe siècle. Dans leur ferme du Sussex (que le jeune Kim Jones allait visiter lors de sorties scolaires), on trouvait aux murs des fresques faisant référence à l’art classique italien qu’ils admiraient. Quand on regarde cette courte collection de 19 looks, ce bagage culturel ne saute pas aux yeux. On note plutôt une certaine hétérogénéité dans les silhouettes, qui englobent des costumes moirés, des robes transparentes, des fourreaux drapés brodés de perles, et quelques expérimentations (une tenue hybride entre la robe-bustier et la veste de costume, inspirée par les archives Lagerfeld). On sent qu’il s’agit d’une première collection, appliquée dans la forme, irréprochable sur le fond. Et qui prend soin de laisser ouvert le champ des possibles.

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