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Jacques Dessange et Jean-Louis David, les seigneurs des ciseaux


André Perlstein expose au sein de l'atelier photographique Arts Factory à Paris du 23 mai au 20 juin 2014. . Photographie d'André Perlstein publiée aux Editions du Seuil dans le livre 'Chronique des années 70' A l'image: Le premier salon de coiffure à Saint-Tropez de Jacques Dessange en 1969. Aujourd'hui le groupe Dessange possede des salons dans plus de Trente-six pays

ANDRE PERLSTEIN / BUREAU233

Par Elise Karlin

Publié le 03 avril 2020 à 12h24 – Mis à jour le 05 avril 2020 à 05h56

Le 9 janvier 2020, Emmanuel Macron s’est senti l’âme d’un poète. Deux jours après la mort de Jacques Dessange, le président de la République s’étourdit de mots dans son éloge du défunt : « Il ciselait les chevelures et en façonnait les volumes avec la virtuosité d’un sculpteur. Avec lui, les cheveux ne se figeaient pas : nul hiératisme dans son style, il faisait souffler sur la tête des femmes un vent de liberté et de modernité. Il portait une vision très française du style, sans rien en lui qui ne pèse ni ne pose, une mode démocratique qui n’utilise pas le corps comme prétexte mais qui le sert et le sublime. »

Ce n’est plus une vie, c’est une véritable épopée que salue le communiqué élyséen : « une maison de brique rose » où le nonagénaire s’est éteint en Sologne, son « destin » écrit à « l’encre du labeur et du talent », les doigts qu’il a passés dans « la crinière blonde de Brigitte Bardot », « les boucles d’Ava Gardner » et « le casque d’or de Jean Seberg », l’« esprit contemporain » de « coiffeur pour dames » devenu « coiffeur pour âmes », l’incroyable réussite de cet « entrepreneur à succès » et son empire de salons sur lequel « jamais le soleil ne se couchait »

La coiffure, machine à cash

Grisé par le lyrisme de ces emportements présidentiels, on tape « Jean-Louis David » dans la barre de recherches du site de l’Elysée. Par curiosité. Pour retrouver les élans du chef de l’Etat dans l’hommage à un autre grand nom de la coiffure française, décédé quelques mois plus tôt, le 3 avril 2019. Et rien ne vient. Pas une épitaphe. Pas une envolée. Pas un mot. Pourtant, Jean-Louis David est l’inventeur des salons franchisés, même si Jacques Dessange les a tout aussi brillamment développés.

Jacques Dessange dans son salon du 37, avenue Franklin D. Roosevelt, dans le huitième arrondissement de Paris, dans les années 1960.
Jacques Dessange dans son salon du 37, avenue Franklin D. Roosevelt, dans le huitième arrondissement de Paris, dans les années 1960. GIANCARLO BOTTI / GAMMA-RAPHO

Jean-Louis David, lui aussi, a révolutionné le monde de la coiffure, imaginant de dégrader les cheveux à la tondeuse, quand Jacques Dessange décidait de les sécher sans les apprêter. Jean-Louis David, comme Jacques Dessange, a élevé la formation au rang de concept industriel, ouvrant une école pour dupliquer ses techniques, garantir la qualité, multiplier le succès et faire tourner le business. Mais par la volonté d’un président aussi sensible à la jet-set qu’au talent, seul Dessange, l’homme qui glissa la main dans les cheveux des plus grandes stars et des bourgeoises les plus huppées, passera à la postérité.

L’histoire, vraiment, n’en retiendra-t-elle qu’un ? S’ils ont dix ans d’écart – Dessange est mort à 94 ans, David à 85 –, les deux hommes laissent un même héritage : ils ont fait entrer le métier de coiffeur dans une nouvelle ère. Ils ont sorti le salon du coin de la rue pour l’installer partout dans les endroits en vue. Ils ont érigé la coiffure au rang de machine à cash internationale. Leurs chemins professionnels n’ont donc cessé de se croiser : au même moment, ou quasi, Jean-Louis David et Jacques Dessange comprennent l’intérêt financier de multiplier les enseignes à leur nom ; presque en même temps, ils ouvrent un centre de formation ; l’un comme l’autre, ils érigent l’image en signature, en moyen d’affirmer une identité bien au-delà des frontières.

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