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la basket blanche transpire-t-elle le conformisme ?


Il n’y a pas grand-chose de pire qu’une bonne idée qui a fini par triompher, imposant son hégémonie à l’ensemble de l’écosystème des points de vue. Ainsi en est-il de la basket blanche. Au départ, l’idée d’installer ce contrepoint visuel en bas de la silhouette n’était pas si mauvaise, manière habile de twister son look en s’inspirant de la décontraction new-yorkaise. Une façon de dire, par cette touche de Typex terminale, que l’on est une femme ou un homme libre car, quoi qu’il en soit, une part de nous sera toujours rebelle aux conventions étriquées de l’habillement.

On peut dater l’invasion de ce gimmick podal immaculé à l’an 2014, date à laquelle Karl Lagerfeld a fait défiler Cara Delevingne en robe de mariée Chanel et baskets blanches, et où Adidas a décidé de rééditer ses fameuses Stan Smith, trois ans après avoir annoncé l’arrêt du modèle. Parée d’un nouveau cuir, la tennis qui avait été adoptée par les rappers dans les années 1990 (« Stan Smith aux pieds, le regard froid », chantait IAM dans Je danse le Mia) envahit les concept stores des grandes métropoles, en surjouant le supplément d’âme. « Les gens pensent que je suis une chaussure », s’amuse alors, dans un clip de promotion, le tennisman américain moustachu qui a donné son nom à cette pièce de vestiaire reconnaissable au premier coup d’œil.

Empire envahissant

Dire que le succès fut au rendez-vous relève du doux euphémisme. En 2015, il se serait écoulé plus de 70 millions de paires dans le monde. Une étude menée par l’Observatoire société et consommation (ObSoCo) nous apprenait que, en 2018, 10 % des Français possédaient une paire de Stan Smith, le chiffre atteignant 21,4 % chez les jeunes urbains. Reebok Newport Classic, Adidas Continental 80, Nike Court : d’autres modèles emblématiques sont venus compléter le triomphe de ce style « athleisure » (contraction des mots anglais signifiant « athlétique » et « loisir » ou « détente »), qui introduit des pièces de l’univers sportif dans la vie de tous les jours. Conséquence directe : où que vous tourniez la tête, il est devenu quasiment impossible d’échapper à l’empire envahissant de la chaussure blanche. Le coursier stylé à moustaches, la créative usinant, les pieds en l’air, une nouvelle campagne de com’ sur un canapé de l’agence de publicité BETC, l’agent immobilier trentenaire qui a décidé de rompre avec l’infâme tradition des chaussures à bouts carrés : tous ont été conquis par cette « bonne idée ».

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Mais s’il est un secteur dont le devenir semble structurellement lié à la basket blanche, c’est bien celui des start-up, où il est tout aussi important de changer le monde que d’effectuer ses dix mille pas par jour. Alors que ces jeunes entrepreneurs faisaient sauter tous les repères traditionnels par la magie disruptive des algorithmes, la basket blanche vintage les préservait du vertige de ce qu’ils étaient en train de faire, en leur permettant de garder symboliquement un pied dans le monde d’avant. Un peu comme un mousqueton temporel qui ménagerait la possibilité d’un retour en arrière, au temps où l’ivresse des données ne nous faisait pas encore douter de la matérialité du monde. Un refuge virginal, en somme. C’est au travers de ce rôle joué dans l’économie psychique que l’on peut le mieux comprendre l’incroyable succès de la basket blanche. Malheureusement, comme les trop bonnes idées, son adoption à grande échelle a fini par produire une originalité de masse au parfum d’oxymore, signe d’une époque qui se voudrait révolutionnaire mais qui transpire largement le conformisme.



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