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« La photographie est comme une chasse au trésor »


Par Valentin Perez

Publié aujourd’hui à 09h15

« Temps passé et temps futur (…), Ce qui aurait pu être et ce qui a été, Se projettent vers une fin qui est toujours présente. » La citation, extraite des Quatre quatuors (1943), de l’Américano-­britannique T. S. Eliot, est toujours là, affichée quelque part dans ses expositions telle une phrase initiatique. De fait, Sarah Moon, à qui le Musée d’art moderne de Paris consacre une exposition cet automne, produit depuis un demi-siècle des clichés qui semblent en dehors du temps. Sans remords et sans repères.

Des photos de silhouettes, de corps ou de visages, d’arbres et de fleurs, d’animaux vivants ou empaillés, prises au Polaroid ou retravaillées en format numérique. Du noir et blanc, souvent, ou, lorsque le sujet l’y autorise, une unique touche de couleur, comme un pigment renversé qui mangerait l’image. Son style, aisément reconnaissable, entremêle tremblé, art du flou, compositions minimales et manie espiègle de malmener les images à coups de salissures, trempages, griffures, grattages, pour leur conférer la patine du vécu.

Jeune femme autodidacte

Née en 1941 dans une famille juive française contrainte de fuir en Angleterre, Marielle Sarah Warin gagne d’abord sa vie en tant que mannequin, posant notamment pour Guy Bourdin, avant un remplacement fortuit qui fait vriller son destin. En 1967, un jour que Jean-Régis Roustan, photographe pour le magazine L’Express, est souffrant, il suggère à sa rédaction de donner sa chance à cette jeune femme autodidacte. « J’ai fait la séance avec mon amoureux et une amie, raconte-t-elle. Une photo en noir et blanc tout à fait banale, mais j’ai multiplié les variantes tant je craignais de la rater. À cette époque, avoir quelque chose sur la planche-contact tenait pour moi du miracle. » Au moment de signer les clichés, elle choisit Sarah, un de ses prénoms, et le patronyme Moon, qui remporte l’adhésion.

« Quoi que je photographie, ce qui m’anime est la quête de ce moment ténu qui fait que l’image a un écho et qu’advient une résonance entre le monde et soi. C’est une rencontre. »

Sous ce pseudonyme, elle va répondre à de multiples commandes du milieu de la mode et bâtir dans les années 1970 et 1980 l’image publicitaire de Cacharel, un biotope romanesque et naïf où évoluent de pudiques femmes-fleurs. « J’aime la mode pour ses couleurs, ses étoffes, l’architecture des vêtements, le fait qu’elle donne à la femme le premier rôle, dit-elle. C’est un microcosme qu’on pressent artificiel et sophistiqué, mais où j’ai rencontré de vraies personnes. » Aujourd’hui encore, elle continue de réaliser des campagnes pour les marques de mode, comme celle de la maison italienne Giorgio Armani pour la collection ­printemps-été 2018 : ses instantanés mélancoliques soulignent à merveille le flottant d’une jupe, le tombé d’une veste.

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