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Laetitia Essikov, cheffe de produit


Pour comprendre le métier de chef de produit, ou product
manager
, il faut s’interroger sur la chaîne de production d’une marque
de mode. Comment un vêtement imaginé par un créateur ou des équipes
créatives, devient-il ce produit tangible disponible à la vente ? Qui
coordonne les multiples étapes de la réalisation d’une pièce de mode ? La
profession décryptée dans cet article répond à la question.

Chaque semaine, pour nourrir ou faire naître de nouvelles vocations,
FashionUnited interroge un professionnel de la mode sur son travail.
Aujourd’hui, les réponses par mail de Laetitia Essikov, cheffe de produit
chez Natan, maison de mode belge.

Quel a été votre parcours ? Autodidacte ou diplômée ?

Je suis diplômée avec un Régendat [nom donné au diplôme acquis en 3
ans d’études non universitaires après les secondaires en Belgique, source
Educalingo
] en mode et habillement à la Haute Ecole Albert
Jacquard.

J’ai toujours été passionnée par le vêtement. J’ai grandi dans l’univers
de la couture grâce à ma mère et à ma grand-mère qui étaient de très bonnes
couturières. Elles confectionnaient leur robe elle-même quand elles ne
trouvaient pas ce qu’elles cherchaient en magasin. J’en profitais pour
jouer avec les chutes de tissu et habiller mes poupées.

En quoi consiste votre travail ?

Être cheffe de produit pour une maison de luxe comme Natan est une
grande responsabilité et un vrai plaisir. Je suis au cœur d’un métier
polyvalent qui demande un sens aigu de l’écoute et du contact, une bonne
organisation au quotidien, de la résistance au stress et de la rigueur
administrative. Je dois coordonner les agendas entre la direction et les
équipes pour mener à bien le développement et l’avancement des collections
de la maison Natan, et savoir cerner les priorités de la semaine.

Ma fonction principale est le suivi de la ligne Natan Couture de A
jusqu’à Z. Suivre la production, les achats des matières, le sourcing, le
calcul des prix, le contrôle de qualité, la réalisation des fiches
techniques, la vérification des composants de chaque vêtement,
l’organisation des essayages, des shootings… sont autant de tâches qui
rythment mes journées.

Quel souvenir gardez-vous de votre entretien d’embauche et comment vous
étiez-vous préparée ?

Je m’en rappelle comme si c’était hier. Monsieur Vermeulen m’avait fait
faire le tour de la magnifique boutique Natan Couture de l’avenue Louise.
Il avait terminé en disant : « je compte sur votre professionnalisme ». Ma
fonction reste un engagement depuis ce jour là.

Votre travail s’arrête-il lorsque vous passez les portes du
bureau ?

Je suis une perfectionniste passionnée. Je n’ai jamais l’impression de
travailler, alors même quand la journée est terminée, pour moi elle ne
l’est jamais vraiment. Je suis maman de deux filles et mes moments de vie
privée me ressourcent, me motivent, me questionnent et m’inspirent au
quotidien pour comprendre la mode.

Votre manière de travailler a-t-elle changé depuis vos débuts ?

Oui énormément. Avec l’expérience grâce à des équipes professionnelles
et une direction très exigeante, j’ai appris à anticiper sur plusieurs
processus autant créatifs que techniques, et à être plus à l’écoute pour
mieux faire évoluer mon travail.

Une maison de luxe comme Natan a ses secrets de fabrication qui font de
ses produits des vêtements très haut de gamme. Elle les perfectionne chaque
année pour atteindre l’excellence. Avec des outils informatiques
performants et une main d’œuvre très qualifiée, j’ai dû m’adapter,
apprendre à me réorganiser et étendre mes compétences.

Au quotidien, quel impact a eu la crise liée à la pandémie sur votre
travail ?

Cela m’a d’abord rappelé à quel point le contact humain était vraiment
important dans notre secteur. J’ai dû aller à l’essentiel et revoir les
moyens de communication qui nous ont permis de respecter la distanciation
sociale comme faire des meetings d’équipe via Teams et limiter le nombre de
personnes présentes lors des essayages.

Sur une échelle de un à dix, à quel point appréciez-vous votre
métier ?

En toute sincérité, je dirais dix. Je n’aime pas la monotonie et les
métiers répétitifs.

Je pense que c’est l’un des rares métiers où l’on peut exploiter plusieurs
compétences à la fois. La créativité, l’organisation, la technicité,
l’improvisation, etc…

Ce que vous préférez et aimez le moins dans votre métier ?

Ce que j’aime le moins, c’est la pression et le stress du timing des
collections lié au rythme des saisons. Peu importe les imprévus que peuvent
avoir le processus de création ou de production qui sont indépendants de ma
volonté, les collections doivent toujours être prêtes en temps et en heure.
Après plus de 17 ans de carrières dans ce métier, je vis toujours avec la
peur de ne pas y arriver, l’angoisse d’être en retard.

Ce que j’aime le plus, c’est justement le résultat. La satisfaction de
voir que j’y suis parvenue grâce à la persévérance, l’exigence et le
travail de toute l’équipe. Ce sentiment que « c’est fini » pour mieux
recommencer.

Comment développez-vous et/ou entretenez-vous votre réseau
professionnel ?

La crise de la pandémie a fortement réduit la possibilité de faire de
nouveaux contacts.

J’avais l’habitude de faire de nouvelles rencontres professionnelles sur
des salons du textile.

J’ai dû m’adapter et être plus présente sur les plateformes digitales comme
Linkedin où j’ai pu élargir mon réseau avec de nouveaux fournisseurs qui
proposent de nouveaux produits.

Je reste très fidèle avec les fournisseurs qui offrent un service de
qualité stable.

À quoi pensez-vous que votre profession ressemblera dans dix ans ?

Pour que ce métier persiste et évolue, il est important que les métiers
techniques de la mode continuent à intéresser la jeunesse de demain. Je les
encourage à s’intéresser au métier de couturière, de modéliste, de création
textile. Il y a un grand intérêt pour les métiers de création digitale,
mais pour avoir du contenu il faut des fabricants de produits qui ne se
limitent pas à un tee-shirt et un jeans. Sans fabricant de produit, ma
fonction n’existerait plus.

Un conseil à donner à un jeune diplômé qui envisage votre métier ?

Je lui conseillerais de faire un maximum de stages en entreprises dans
différentes sociétés du secteur, autant de petites que de grandes
entreprises. Cela permet vraiment de voir différentes réalités du métier
pour ensuite faire les meilleurs choix professionnels. On y apprend
beaucoup de choses, et c’est en commençant au bas de l’échelle par des
petites choses qu’on apprend beaucoup en observant et en écoutant ce qui se
passe autour de la vie de l’entreprise.

Crédit : Natan



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