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Le boom du streetwear minimaliste


Bureau de Stil.
Bureau de Stil. Cris Fragkou

Une crise économique est-elle forcément synonyme d’un retour en force d’une esthétique minimaliste ? Dans les mouvements de balancier qui rythment l’histoire de la mode, la Grande Dépression avait nourri un vestiaire classique, plus dépouillé qu’auparavant, tandis que le krach de 2008 avait été suivi d’un triomphe du less is more au début des années 2010, notamment incarné par Celine période Phoebe Philo. En observant la reconfiguration qui touche l’univers du streetwear, certains sont tentés de croire que la crise de 2020 pourrait alimenter un phénomène similaire.

Il y a encore deux ans, la mode urbaine était au m’as-tu-vu : sweat-shirts à capuche surlogotés, pantalons cargo, denims zippés, sneakers griffées, couleurs criardes, imprimé militaire, chaînes massives… Chaque « drop » (mini-collection ponctuelle) hystérisait les membres d’une communauté désireuse de posséder la dernière paire de baskets ou la dernière casquette. Mais les volontés de ralentissement, de consommation raisonnée et de développement durable semblent inverser la tendance : le minimalisme apparaît désormais comme le style qui fait le plus saliver les adeptes de streetwear, mesure le site spécialisé Highsnobiety dans un sondage paru début mai.

« On aspire aujourd’hui à des collections intemporelles », Ben Taverniti, designer français

« La crise a confirmé ce que l’on ressentait déjà : nous vivions dans un monde d’hyperconsommation fondé sur un rythme absurde où il fallait sans cesse de nouveaux produits. Or, on aspire aujourd’hui à des collections intemporelles », observe Ben Taverniti, designer français installé à Los Angeles qui incarne parfaitement ce renversement. Celui dont les jeans à trous, pantalons lacés et voyants bombers satinés du label Unravel Project habillaient depuis 2015 Rihanna ou Kendall Jenner, change de trajectoire cette saison en lançant Bureau de Stil.

Nombre réduit de pièces, coton bio, denim sans délavage pour limiter la consommation d’eau et de composants chimiques… Le tout sans les habituelles facilités tape-à-l’œil (logos, messages, teintes explosives). « Je me suis concentré sur des détails, parfois cachés, des pinces, des jeux de plis. Et j’ai privilégié des tons neutres, propices à ce qu’on porte la même pièce pendant dix ans. L’esthétique minimaliste épouse parfaitement une fabrication durable. »

« Tout ça était déjà en germe » 

Faire durer : voilà l’obsession du moment. Soudain, des marques déjà sur ce créneau depuis des années, comme Wtaps ou Reigning Champ, n’ont jamais paru aussi pertinentes, tandis que d’autres surfent sur le minimalisme pour revenir en grâce, comme Fila. De nouveaux venus – le new-yorkais Chnge ou l’australien HoMie, qui vient de signer une collaboration de pièces recyclées avec Champion – ont le vent en poupe. « La crise que nous traversons aiguise la sensibilité des gens vers une consommation plus sobre, pour la nourriture, l’énergie, les vêtements, et met en lumière des valeurs comme l’amitié et la solidarité. Tout ça était déjà en germe mais nous oblige encore davantage à inventer un nouveau langage street », estime Stefano Pugliese, cofondateur d’Alea, un label unisexe qui fait ses débuts et mixe esthétique sobre, fabrication raisonnable en Italie (matières bio, récupération d’invendus, réduction de déchets, polymères à base de plastique recyclé…) et prix plutôt abordables (de 90 à 250 €).

Àlea
Àlea Àlea

Le streetwear ? « Son heure va venir », prévenait en décembre 2019, dans le magazine Dazed, Virgil Abloh, le créateur d’Off-White, qui a participé à médiatiser ce mouvement. Pour éviter de se voir enterrer, les grandes signatures doivent s’adapter, comme Lacoste qui a pris depuis un an une allure moins adolescente, plus éthérée et luxueuse, en embauchant la créatrice Louise Trotter. Si, en 2017, Supreme collaborait avec Louis Vuitton, mastodonte mondialisé qui exhibe partout son monogramme, il a préféré faire alliance en mai avec Barbour, réputé pour son vestiaire anglais discret et intemporel.

Au cours des six derniers mois, Palace a aussi collaboré avec le fabricant de maille écossaise Pringle of Scotland, Aimé Leon Dore avec la manufacture Woolrich fondée en 1830, Stüssy avec le chausseur d’après-guerre Dr. Martens… Autant de partenaires connus pour leur aptitude à confectionner des produits à garder longtemps, assortis d’un design moins logoté que d’ordinaire.

Toutes ces initiatives pourraient donner naissance à l’ère du silent streetwear, comme Highsnobiety baptise ce courant. Et des précurseurs comme les labels A-Cold-Wall, Fear of God ou 1017 Alyx 9SM pourraient connaître leur moment de gloire. Ce dernier, avec ses silhouettes noires tout en détail, ses habits techniques, sa fabrication transparente, est en vogue. Au point que le milieu de la mode chuchote que son designer, Matthew Williams, pourrait décrocher un poste chez Givenchy, qui se cherche actuellement un nouveau directeur artistique. Info ou intox ? En tout cas, le streetwear minimal est suffisamment dans l’air du temps pour l’imaginer anobli par une maison française de couture.

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