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« Le défilé virtuel n’est pas l’avenir »


Giorgio Armani.

Peu de designers italiens ont été aussi actifs que Giorgio Armani depuis le début de la pandémie. En février 2020, il a été le premier à anticiper la gravité du moment en organisant un défilé à huis clos alors que la semaine de la mode de Milan suivait normalement son cours. Pendant le premier confinement, il s’est lancé dans la production de blouses et de masques, a multiplié les dons aux hôpitaux italiens et organisé des campagnes d’affichage pour témoigner son soutien à ses compatriotes. Son dernier défilé haute couture en janvier, baptisé « hommage à Milan », ne s’est pas déroulé à Paris comme à son habitude, mais dans ses bureaux lombards. Plus que jamais, le créateur de 86 ans s’impose comme un héraut de la mode italienne. Entretien à l’occasion de la fashion week digitale de Milan où il présentera deux collections : sa ligne Emporio Armani le 25 février et Giorgio Armani le 27 février.

Le défilé virtuel peut-il être un bon substitut au défilé physique ?

Je ne pense pas que la solution soit de se fier entièrement au numérique. Les acheteurs et la presse doivent pouvoir voir les vêtements de près, les toucher. La semaine de la mode est un moment social fondamental pour le secteur : nous nous retrouvons pour faire les défilés mais aussi pour discuter. Elle doit rester un réseau qui réunit les grands comme les petits, et offrir à tous, au même moment, la possibilité de présenter son travail. Je suis donc convaincu que la semaine de la mode, en tant que telle, doit être préservée. Le défilé virtuel peut être un outil, mais ce n’est pas l’avenir.

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Il y a un an, vous avez été le premier designer à organiser un défilé sans public. D’où vous est venue cette intuition ?

Alors que la situation s’aggravait en Lombardie et que l’inquiétude grandissait, j’ai compris que je devais adopter une position sans équivoque. La nuit, à la veille de présenter ma collection, j’ai appelé Beppe Sala, le maire de Milan, pour lui dire que je ne voulais pas mettre la sécurité de mes collaborateurs et de mes invités en danger et que j’avais décidé d’organiser le défilé à huis clos et de le retransmettre en direct. Ce n’était pas une décision facile à prendre. Ce jour-là, moi qui ne veux jamais m’arrêter et qui ai fait du travail ma vie, j’ai senti qu’il fallait prendre le temps de comprendre ce qui se passait autour de moi avant de continuer.

Des créateurs ont exprimé leur volonté de changer le système de la mode pendant la pandémie. Etes-vous de cet avis ?

Des changements sont nécessaires et la situation actuelle l’a mis en évidence. Il faut revoir la taille et le nombre de défilés, ralentir cette course effrénée à produire et à vendre qui n’engendre qu’un grand gaspillage et un déséquilibre entre l’offre et la saisonnalité. Nous avons le devoir moral, aujourd’hui plus que jamais, de travailler mieux avec moins. Et faire en sorte que le public lui aussi consomme de façon plus responsable. Nous devons surtout réfléchir à comment nous pouvons améliorer la durabilité des produits que nous réalisons. Le luxe ne peut pas et ne doit pas être rapide. Une veste Armani ne doit pas rester trois semaines en boutique avant de devenir obsolète, remplacée par une nouvelle pièce pas vraiment différente. Mon attachement à une élégance intemporelle n’est pas seulement un code esthétique, mais elle permet aussi de fabriquer des vêtements faits pour durer.

Vous êtes connu pour la permanence de votre style. Avez-vous le sentiment que cela résonne particulièrement avec l’époque ?

La cohérence rassure, et aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de certitudes, à condition qu’elles ne soient pas complètement figées. Je n’ai jamais considéré la cohérence comme quelque chose de rigide : je m’adapte aux changements de notre époque, en conservant mon goût pour l’élégance simple et naturelle. Je pense que le public apprécie aussi la dimension rassurante de mon travail.

Comment le Covid influence-t-il votre création ?

Je suis évidemment influencé par mes expériences dans le monde – voyages, paysages, films, rencontres, art, architecture – mais l’observation de la réalité a toujours été à la base de ce que je crée. En ce moment, j’ai intensifié la recherche de l’élégance et de l’intemporalité. Dans mes deux collections femme automne-hiver 2021-2022 [Emporio Armani et Giorgio Armani], j’ai approfondi ma réflexion sur mes codes esthétiques, en les traduisant dans un style urbain pour la première et avec une touche nocturne pour la seconde. Emporio est fluide, avec des accents de couleurs presque pop et un sentiment d’aisance et d’élégance. Giorgio est austère, avec quelques notes romantiques. Pour les deux, des talons bas, qui sont ma signature.

Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous aujourd’hui ?

Je suis d’un optimisme confiant mais prudent. J’ai vécu de nombreuses crises, l’incertitude n’est donc pas quelque chose de nouveau pour moi. Dans la situation actuelle, mieux vaut essayer de se concentrer sur ce qu’on peut contrôler, en essayant de ne pas s’inquiéter de ce qui est hors de portée.

Quelle est l’ambiance à Milan actuellement ?

Avec beaucoup d’orgueil et parfois un peu de nostalgie, j’ai vu ces dernières années Milan abandonner sa dimension de simple ville pour devenir une capitale économique européenne, une vitrine internationale incontestée de la mode, du design et de la gastronomie. Actuellement, je perçois chez les Milanais une grande envie de redémarrer. Milan resplendira à nouveau, j’en suis convaincu, en comptant sur l’esprit industrieux qui la caractérise depuis toujours.

Vous avez ouvertement affiché votre soutien à l’Italie depuis le début de la pandémie. Qu’est-ce qui vous a motivé ?

Comme tous, j’ai été très touché par cette tragédie qui a ravagé tant de vies : j’ai senti que je devais faire le plus possible et dans des domaines différents. Après avoir fait des dons aux principaux hôpitaux de Milan et de Rome, j’ai converti mes usines italiennes pour la production de blouses de protection destinées au personnel de santé mobilisé en première ligne contre la pandémie. J’ai fait et continue de faire des dons pour soutenir des organismes qui combattent les nouvelles formes de pauvreté. Et je me suis investi dans un dialogue avec le public [au printemps, il a lancé une campagne d’affichage dans la presse et sur des panneaux d’affichage déclarant : « Je suis ici pour Milan, avec les Milanais, avec sentiment »].

L’industrie de la mode italienne va-t-elle être durablement touchée par cette crise ?

Il est trop tôt pour évaluer l’impact économique à long terme, qui sera sûrement important. Mais comme l’histoire nous l’a montré, les moments de crise profonde engendrent de nouvelles opportunités. Pour affronter l’après, il faudra soutenir avec des aides et beaucoup d’énergie ce réseau de savoir-faire qui est le propre de Milan et de l’Italie toute entière. De mon côté, je suis prêt à faire ma part.

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