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Le luxe fou du designer Alessandro Michele


Alessandro Michele, directeur de la création de Gucci.

C’est à Rome, au cœur du Palazzo Alberini, œuvre de Raphaël édifiée au XVIsiècle, que se trouve le studio de création d’Alessandro Michele, directeur de la création de Gucci depuis 2015. Ce lieu monumental dont les murs blancs aux moulures classiques et aux bas-reliefs se prolongent de fresques signées du maître de la Renaissance semble taillé sur mesure pour cet apôtre de l’historicisme, par ailleurs collectionneur compulsif.

Sur son bureau en bois sculpté, piles de livres et objets chinés se disputent le moindre recoin : tortue marbrée du XIXe siècle, têtes en porcelaine de poupées anciennes, figurines de la Madone, couronne de laurier dorée, paons et perroquets empaillés ou encore jouet en forme de wagon. Un cabinet de curiosités à l’image de sa mode, hétéroclite et baroque, maximaliste et poétique, dans laquelle s’entrecroisent les symboles, identités et ornements, sans aucune hiérarchie.

Le designer mélange et décontextualise tout : les dorures d’un palais vénitien électrisent des bombers de skateurs, les pyjamas de dandy se colorent de vitraux gothiques, les dinosaures habitent des jardins d’Eden.

Ce passionné de Fellini et de Visconti, dont on compare plus volontiers le style à celui de Wes Anderson, revendique une forme de kitsch subversif, éminemment personnel. Aujourd’hui le phénoménal succès de Gucci, c’est lui. D’ailleurs, l’industrie de la mode récupère et digère ses idées baroques. Des messages les plus ésotériques au moindre sequin brodé.

Il tisse, il croise les références, les juxtapose jusqu’à brouiller les pistes. Sans jamais avoir à choisir. Il fait de l’ambiguïté – sexuelle, stylistique, culturelle – son porte-drapeau. Ici, une tête de Donald stylisée, là une robe du soir façon Hélène de Troie ou Catherine de Médicis. Plus loin, des mannequins à l’œil de cyclope, des bébés dragons et des cornes de faune. Quand des ouroboros ne s’enroulent pas autour de harnais de cuir.

Dans ses silhouettes oniriques et dantesques, le designer mélange et décontextualise tout : les dorures d’un palais vénitien électrisent des bombers de skateurs, les pyjamas de dandy se colorent de vitraux gothiques, les dinosaures habitent des jardins d’Eden. Les dames de Shanghaï croisent des cyborgs quand des pics en métal punk dédramatisent les looks christiques. Ça brille, ça grince… C’est troublant, délirant. Les bestiaires s’habillent de couleurs cosmiques, les volants se couvrent de paillettes, les brocarts et velours précieux enveloppent les silhouettes. Le temps n’a plus de prise.

Enfant, Michele se voyait bien archéologue, il a gardé de ce rêve cette propension à fouiller l’origine des choses. Et tout ce qui est siglé Gucci porte désormais la marque du fantasque : des bougies emprisonnées dans des vases en porcelaine en forme de tigre, ornés de motifs mystérieux, en passant par des chaises qui s’habillent de jacquard effet moiré aux dessins de dragon jusqu’à une simple palette de fards à joues glissée dans une boîte noire laquée aux finitions dorées fleurie de roses vintage. La pensée rejoint la culture populaire – le créateur convoque Foucault dans ses notes d’intention –, le trop-plein se mêle au sensible, comme pour mieux souligner les paradoxes de l’époque. Et rappeler le besoin essentiel de s’en extraire aussi.



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