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Le masque peut-il vraiment devenir tendance ?


Paris – Vintage, glamour, fétiche ou accordé au costume : la mode
s’approprie timidement le masque pour dédramatiser cet objet anxiogène et
mal vu en France dont le port généralisé en pleine pandémie du coronavirus
marquera une révolution culturelle.

Costumière de cinéma et propriétaire de la boutique “Tombé du ciel
vintage” à Marseille Isabelle Mathieu a commencé à fabriquer des masques il
y a un mois à partir des stocks de tissus ou en recoupant dans des
vêtements anciens: colorés, à fleurs, à pois ou Marvel.
“Il y a une vraie demande, on ne s’y attendait pas du tout. On est
appelé à en porter au moins pendant un an et demi tant qu’il n’y aura pas
de vaccin : il faut apporter un peu de gaité”, dit-elle à l’AFP.

Chez Pierre Talomon, tailleur dans le Marais, quartier branché de
Paris, le masque bleu marin est un best seller, mais le client a le choix
entre 15 modèles unis ou à motifs psychédéliques à associer avec des vestes
classiques.

Le masque d’Off-White : produit pour homme le plus populaire au
monde

“C’est tout à fait logique de l’introduire dans la garde-robe
masculine. Cela risque de devenir un accessoire de mode”, estime-t-il.
A 15 euros pièce, ses masques ont des “détails couture” : comme des
biais en haut prolongés avec une bride bi-matière.

Accessoire sexualisé que certaines marques gay proposent déjà, le
masque pourrait aussi accessoiriser une tenue de soirée. Le styliste le
voit “en noir et blanc pour aller avec un smoking”.
“Si les spectacles reprennent, vous nous voyez tous à l’opéra avec des
masques médicaux bleu ciel ?”.

Les recherches pour les masques ont grimpé de 496 pour cent au cours
du premier trimestre 2020, selon Lyst, moteur de recherche dédié à la mode.
Le masque à logo flèche Off-White de l’Américain Virgil Abloh, star des
millenials, est le produit pour homme le plus populaire au monde. Vendu 95
dollars jusqu’à épuisement des stocks, il proposé trois fois plus cher sur
des plateformes de vente d’objets d’occasion.

Si on trouve sur Instagram mille et une façon de customiser le
masque, pour les maisons du luxe, le sujet est “délicat” dans le contexte
de la crise sanitaire où l’on a surtout envie que “cet accessoire se démode
le plus vite”, souligne l’historien de la mode Olivier Saillard.

“Archaïque” et “oppressif”

“Ce serait déplacé et d’une grande vulgarité d’avoir un logo sur un
masque et d’en faire un profit”, souligne-t-il. “C’est un objet clinique et
personne n’a envie de rêver avec cela”.

Dior, Saint Laurent ou Balenciaga ont reconverti certains de leurs
ateliers pour fabriquer des masques, mais pour les soignants. Coperni, qui défile à la Fashion Week, a été parmi les premiers à
publier des patrons et des tutos en encourageant les Français à fabriquer
eux-mêmes leurs masques.

“Très tôt on a compris que cela allait être un problème”, déclare à
l’AFP le cofondateur, Arnaud Vaillant, en référence à la pénurie de
masques. “Voir des gens masqués c’est un peu inquiétant, on se dit qu’on
vit dans un monde particulier”, constate-t-il. Verra-t-on des masques dans leurs prochaines collections ? “On
préfère ne pas se prononcer pour le moment”.

 

“Le port du masque signifiera que la crise du Covid-19 aura marqué nos
corps et nos esprits”

Interrogée par l’AFP sur le même sujet, Dior n’a pas donné suite. La
jeune créatrice française Marine Serre, star des Fashion Weeks à Paris dont
l’univers est peuplé de créatures masquées et encagoulées, a également
décliné une demande d’interview.

Pour l’anthropologue Frédéric Keck, le port du masque considéré dans
la culture française “archaïque” et “oppressif” marquera une
“révolution”. Il a rappelé dans une tribune au Monde début avril à quel
point ce morceau de tissu sur le visage était incongru en France où
“l’idéal des Lumières réalisé par la Révolution française s’est construit
contre les masques dont l’aristocratie s’ornait dans les salons”.
“Le port du masque signifiera que la crise du Covid-19 aura marqué nos
corps et nos esprits (…) Elle oblige à une perte de l’innocence, analogue à
celle que le sida a imposée dans les rapports amoureux”, souligne Frédéric
Keck.

Avec un masque “on s’efface sûrement”, relève Olivier Saillard, mais
“ce n’est peut-être pas trop mal pour une époque tournée sur l’ego”.
(AFP)

Crédit : off-white – via e-shop Clothbase. A droite : Groupe CL.



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