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Le « nouveau souffle » d’Alessandro Michele pour Gucci et le monde d’après


Le défilé Gucci automne-hiver 2020 présenté à Milan le 19 février.
Le défilé Gucci automne-hiver 2020 présenté à Milan le 19 février. Dan & Corina Lecca

« Clic, clic, clic… » Alertés par le bruit de la connexion, les 22 journalistes invités à la visioconférence Gucci du lundi 25 mai lèvent la tête vers leur écran pour voir apparaître Alessandro Michele, directeur artistique de la maison, en direct de son atelier à Rome. Il est 15 h 28, il a une petite demi-heure de retard. La mode vit selon sa propre temporalité : voilà au moins une chose qui ne change pas dans ce monde où rien n’est plus comme avant.

L’écran montre un Alessandro Michele vêtu d’un haut fleuri beige dont il n’est pas possible de déterminer s’il s’agit d’une chemise ou d’un tee-shirt en raison de son épaisse cascade de cheveux qui recouvrent son torse. Derrière lui, on aperçoit le splendide plafond à caissons de son studio, quelques plantes vertes, un paravent. Armé d’un petit micro, le créateur italien prend la parole devant son auditoire virtuel, particulièrement concentré en raison des aléas de la connexion.

« Je me sens comme un cheval sur le point de démarrer une course », Alessandro Michele.

« Ces derniers temps, nous avons dû affronter ensemble un danger commun et totalement inattendu. Confiné à Rome, dans mon appartement, j’ai pu me concentrer sur mes émotions, mon travail, ma créativité, notre avenir à tous et celui de mes collaborateurs en particulier. (…) J’ai senti que nous avions besoin d’un nouveau souffle pour permettre à la mode de renaître. Il faut reconsidérer son fonctionnement, déconstruire le format du défilé », a annoncé le créateur.

Même si une partie du message a pu se perdre en cours de route, notamment quand la traduction simultanée a cessé de fonctionner, l’essentiel était résumé par un post sur son compte Instagram, dans un texte en forme de journal de bord poétique tenu pendant le confinement.

Des collections annexes rebaptisées

Parmi les changements les plus importants lancés par Alessandro Michele, on compte la réduction du nombre de défilés annuels, qu’il souhaite faire passer de cinq à deux, où l’homme et la femme seront regroupés. Il a assuré que Gucci serait présent lors de la fashion week virtuelle organisée en juillet par l’instance dirigeante de la mode italienne, la Camera Nazionale della Moda Italiana, mais, une fois ce premier rendez-vous passé, Gucci choisira de défiler selon sa propre temporalité. Une décision qui fait écho à celle de Saint Laurent, autre marque du groupe Kering, qui a annoncé le 27 avril s’émanciper du calendrier officiel.

Cette décision n’est pas sans conséquence pour l’industrie du luxe : Gucci fait partie des plus grands noms qui défilent à Milan et son départ affaiblirait l’impact de cette manifestation. Pour Alessandro Michele, il ne s’agit pas d’une désertion, mais plutôt d’une volonté d’ouvrir un dialogue avec les autres acteurs du secteur qui souffrent du rythme effréné jusqu’alors en vigueur. « Ces deux shows nous inciteront à augmenter l’attention portée aux vêtements mais aussi à leur permettre de rester plus longtemps en magasin, dans une logique de “bien fait” et de durabilité. »

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Est-ce que deux défilés par an peuvent suffire à entretenir le désir chez les consommateurs ? Le créateur ne se montre pas inquiet et dit compter sur la créativité de son équipe, et surtout sur le tandem – jusqu’ici gagnant – qu’il forme avec le PDG Marco Bizzarri (« [s]on meilleur soutien dans ce monde si singulier ») : en 2018, Gucci affichait un chiffre d’affaires de 8,28 milliards d’euros, en hausse de 33,4 %. « Deux événements suffisent s’ils sont suffisamment bien pensés et qu’ils sont capables de lancer une conversation que l’on poursuit tout au long de l’année », affirme le designer, en attrapant un éventail noir pour se faire de l’air.

Si les contours de ce nouveau monde restent encore flous, il ne fait pas de doute que l’aspect inédit de la situation stimule beaucoup Alessandro Michele. Il a également fait part de son intention de rebaptiser les nombreuses collections annexes (« précollection », « capsule », « croisière ») « en les nommant dans un langage aux racines merveilleusement anciennes : celui de la musique classique. Il y aura donc des symphonies, des rhapsodies, des madrigaux, des nocturnes, des ouvertures, des concerts et des menuets dans la constellation de [son] chemin créatif ».

Le créateur a prévenu son auditoire virtuel : « Je me sens comme un cheval sur le point de démarrer une course. » L’industrie de la mode ayant tendance à ressembler à un poulet sans tête avant la pandémie, il s’agit là d’une surprenante perspective.

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