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Les étudiants de l’Institut français de la mode, nouveaux invités de la Paris Fashion Week


Sofia Massuti.

« Y a quelqu’un en régie ?, demande une voix dans le talkie-walkie. On amène les premiers modèles. » Mise en place, réglages caméra. Une jeune femme tient dans ses mains une ardoise qu’elle place devant l’objectif en guise de clap. Puis surgissent enfin, dans une vaste pièce blanche, huit mannequins, en manteaux de jacquard, en latex ou à épaulettes XXL, collants rouges, bottes à talons. Ce samedi 20 février, on filme dans les locaux de l’Institut français de la mode (IFM) à Paris les créations de Clément Picot, étudiant en master de mode féminine.

« Si on veut être une école de mode de référence mondiale, il faut qu’on ait une plate-forme d’expression de la création », Xavier Romatet, directeur général de l’Institut français de la mode.

« Je me suis inspiré du travail de l’artiste Matthew Barney et des films American Psycho et Shining. Je voulais un résultat dramatique », explique le garçon de 23 ans qui a une bonne heure de retard sur l’heure de tournage prévue. C’est que, jusqu’au bout, il a soigné sa collection, fini de poser certains boutons, recousu une poche afin qu’un porte-cartes soit positionné exactement comme il l’entendait. « Depuis une semaine, je dors deux heures par nuit. »

Clément Picot est l’un des quarante-huit étudiants en master de l’IFM à avoir présenté son travail en ouverture de la fashion week parisienne, le 28 février. Une première. A l’étranger, les écoles rivales faisaient déjà défiler leurs élèves, comme la Parsons School of Design à la fashion week new-yorkaise ou l’école Central Saint Martins qui profite depuis plus de trente ans de la plate-forme de la fashion week londonienne : c’est lors de cet exercice de fin d’études que fut repéré, le 16 mars 1992, un certain Alexander McQueen…

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Né de la fusion en 2019 de l’Ecole de la chambre syndicale de la couture parisienne et de l’IFM qui formait jusqu’alors au management, installé dans 6 000 m2 flambant neufs en bord de Seine (9 000 m2 au total lorsque les derniers travaux seront achevés), l’IFM s’autorise enfin à faire de même, conscient de devoir défendre sa pépinière de talents.

« Si on veut être une école de mode de référence mondiale, il faut qu’on ait une plate-forme d’expression de la création », estime Xavier Romatet, le directeur général de l’établissement qui a milité auprès de la Fédération de la haute couture et de la mode pour que le calendrier officiel accueille la première promotion de master. Résultat ? Tailleurs déconstruits, tenues asymétriques d’amazones, mailles ondulantes, escarpins en denim ou surréalistes, sacs-robes en cuir… Une mosaïque de propositions émerge.

Des robes de mutantes en relief

Avant de parvenir aux vidéos finales, quatre jours de tournage ont été nécessaires, supervisés par la société de production Titre Provisoire. A deux pas du plateau, au bout d’un couloir, ont été installés des backstages, avec buffet et tables de repassage. Une fourmilière. S’y agitent, outre les créateurs des collections qui se rongent les ongles (« et changent parfois d’avis sur un accessoire à la dernière minute comme dans les grandes maisons », s’amuse Xavier Romatet), d’autres étudiants venus prêter main-forte, apprentis coiffeurs de l’école L’Oréal ou maquilleurs en formation venus de l’école Morgane Hilgers. Une fois passé entre leurs mains, chaque mannequin part enfiler la tenue qui lui a été attribuée.

« Pour les mannequins, l’école nous a proposé certains profils mais on était aussi libre de faire venir des gens », raconte Mathieu Goosse, 25 ans, qui a fait défiler deux amis à lui, inscrits à l’IFM dans d’autres départements. « Dans le cycle infernal de la mode actuelle, on crée des vêtements en se nourrissant d’images pour en tirer d’autres images. Moi, je pars de mes mains », précise l’étudiant belge. Déjà formé au design industriel, il crée d’abord des objets, des dessins ou des listes de mots. Il remodèle ensuite cette matière première en habits faits de tissus récupérés. Une petite chaise en bois nourrit par exemple une combinaison qui en reprend les angles droits ; des monolithes abstraits de couleurs crayonnés sur son carnet deviennent une combinaison asymétrique vert fluo ou une tunique rouge. En l’absence de défilé physique pour cause de pandémie, « je redoutais que le spectateur ne puisse pas percevoir la variété des matières à l’écran, reconnaît Mathieu Goosse, qui a mixé, pour ses onze silhouettes, satin, python, perles ou denim. Mais je suis plutôt rassuré après avoir vu les premiers rushs ».

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Un étage plus bas, non loin de grandes machines à tisser, Johanna Imbach, 25 ans, fignole ses robes de mutantes en relief, en maille thermoformée cousue main. Etant l’une des dernières à filmer sa collection, il lui reste encore vingt-quatre heures pour que tout soit tiré au cordeau. « Il me faut encore finir le montage de chaussettes, il y aura quelques points de retouche ici ou là, explique-t-elle. Et puis j’aide mes camarades quand ils en ont besoin », dans l’esprit de débrouille et de partage que la promotion se doit de cultiver.

« Pour eux comme pour nous, être à la fashion week est une chance, l’occasion de montrer notre créativité », se réjouit Thierry Rondenet qui a supervisé le master de mode masculine. « Certains étudiants avaient peur de ne pas terminer à temps mais la pression de la date butoir les a motivés et ils y sont parvenus », complète Vanja Hedberg qui encadre la mode féminine. Découvrir à la fashion week leurs collections aux côtés des maisons patrimoniales et des jeunes labels permet en tout cas de donner à voir les préoccupations de cette jeune génération : antigâchis, recherches techniques, fluidité de genre.

Fin mars, les étudiants de l’IFM défendront leur travail devant des jurés à l’oral pour finaliser leur diplôme. Puis entreront dès avril en stage dans des maisons de mode. « A terme, il faut que l’IFM soit présent dans le calendrier de manière rituelle, que cela soit l’aboutissement de tout master de design », enjoint Xavier Romatet, les yeux déjà tournés vers les futures promotions.

Sofia Massuti.
Miao Luhui.
Johanna Imbach.
Mathieu Goosse.
Clément Picot.
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