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les Japonais (presque) privés de défilés parisiens


Issey Miyake.

La Paris Fashion Week a beau être réputée pour accueillir des designers du monde entier, ceux en provenance du Japon n’ont, globalement, pas pu faire le déplacement cette saison. Si Comme des garçons, Junya Watanabe et Noir Kei Ninomiya ont décidé de s’échapper du calendrier pour défiler à Tokyo, le 4 octobre, d’autres ont gardé leur créneau à Paris mais dû se résoudre à présenter leurs collections printemps-été 2022 par vidéo.

Issey Miyake est ainsi allé tourner un clip poétique et lumineux dans un palais des congrès de Chiba. « La collection forme un voyage en mers profondes, explique le directeur artistique, Satoshi Kondo. Nous voulions évoquer à la fois le plaisir du silence et de la tranquillité qu’on trouve au fond de l’eau autant que la joie d’y faire des découvertes, des explorations marines. » Eclatants imprimés qui suggèrent des coraux, robes et larges pantalons teints à la main, chemise fluide violette parcourue de boutons iridescents façon sirène, robes composées d’empiècements circulaires plissés comme des ondes… Tout flotte et apaise.

Ujoh.

L’atmosphère est aussi à la contemplation et au calme chez Ujoh et Auralee. Chez le premier, Mitsuru Nishizaki, ancien du studio de Yohji Yamamoto, devenu un espoir de la mode nippone, invite à une promenade dans un vaste jardin de la ville de Nasu. « Puisque j’étais cloué au sol, mon inspiration est venue de choses quotidiennes. Les courbes d’une fleur, l’herbe soufflée par le vent, la nature… Je voulais reproduire la beauté de ces lignes dans un vestiaire quotidien bien taillé. » Il en tire des vestes amples, des tuniques coupées en biais, des rayures et imprimés comme des dessins ou des aplats de gouache, des jeux de croisements et de cordons.

Auralee

Chez Auralee, c’est autour du lac Yamanaka, splendeur qui borde le mont Fuji, que le spectateur est invité à se laisser guider. Un cadre brumeux comme un rêve, indiqué pour les blazers en laine sable ou chemise bleue bordée de crochet fait main, les manteaux tricotés et pièces en cachemire, que le fondateur, Ryota Iwai, imagine, avec délicatesse. « J’ai dessiné la collection en pensant à une promenade, sans lieu précis en tête, mais en voulant traduire ce sentiment heureux d’être bien dehors », dit Ryota Iwai.

Beautiful People.

Hidenori Kumakiri, de Beautiful People, avait lui aussi commencé à construire une garde-robe d’extérieur pour le printemps prochain, pensée pour voyager. « Mais quand j’ai compris que venir jusqu’à Paris serait inenvisageable, je l’ai recentrée sur ce que j’appelle la multiplicité, des pièces plus flexibles », raconte-t-il. Celles-ci, plus pop qu’à l’accoutumée, rayées ou carrelées de teintes acidulées, se font et défont selon les patrons techniques dont le créateur est devenu un as. Un bomber bleuté se dézipe pour, une fois à l’envers, se porter en robe, tandis qu’une robe chocolat froncé possède une veste intégrée dissimulée. L’art de s’adapter.

Le sens du ludique

La vidéo envoyée de Tokyo par Anrealage s’ouvre par un extrait de Belle, un film d’animation attendu dans les salles françaises fin décembre, signé Mamoru Hosoda. Le réalisateur a demandé au créateur Kunihiko Morinaga de dessiner des costumes pour une scène, et ce dernier a voulu prolonger l’expérience par une collection de robes et ensembles géométriques stupéfiants, semblables à des tenues d’avatars.

Anrealage

« Je réfléchissais depuis longtemps à travailler sur la tension entre 2D et 3D, et ce film d’animation m’en a donné l’occasion. J’ai d’abord créé chaque robe à partir de triangles sur ordinateur, détaille-t-il, en nous montrant en visio le logiciel qu’il utilise. Je peux en choisir les teintes, les dimensions. »

Lire aussi « Bouger avec attitude, c’est du boulot ! » : les directeurs de mouvement, le nouveau métier des fashion weeks

Puis il a fait reproduire chaque triangle, en coton, denim récupéré ou matière iridescente, découpés puis assemblés comme un puzzle. Pour lier physique et numérique, les pièces sont vendues également sous forme de NFT (certificat d’authenticité d’un objet virtuel). Ce cru démontre encore le talent rare de Kunihiko Morinaga, 41 ans, dont les collections ne se répètent jamais mais restent liées par le sens du ludique. « S’amuser est pour moi essentiel, assure-t-il. J’estime que mes vêtements doivent être intéressants, y compris pour des enfants. »

Yohji Yamamoto.

Seul Yohji Yamamoto aura finalement réussi à organiser un défilé physique. Dans les salons dorés de l’Hôtel de ville de Paris, il fait lentement circuler des femmes aux cheveux gris en pétard, tressés ou parcourus de fils barbelés, en noir éternel, à peine sali de peinture argent, de revers blancs, de discrets carreaux marine et sapin. Bras souvent nus, cols ouverts, robes courtes : le créateur a expliqué adapter sa garde-robe au réchauffement climatique. Trois volumineuses robes flottantes, dont les squelettes des crinolines sont laissés visibles, clôturent le show, qui marque les 40 ans de défilés parisiens du septuagénaire.

Pour rendre possible le spectacle, Yohji Yamamoto et son équipe ont accepté de se plier aux démarches administratives et à la quarantaine sanitaire obligatoire, requises pour entrer en France. Bien déterminés à souffler les bougies sans écrans interposés, mais baignés par la chaleur humaine de leurs fidèles.



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