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les jeunes créateurs dans la tourmente de la pandémie


Meryll Rogge, dans la cuisine de son studio, vêtue d’une robe de sa collection automne-hiver 2021-2022, le 19 mai 2021.

« Dès l’annonce du confinement généralisé en mars 2020, ça a été l’hécatombe. Toutes nos commandes ont été annulées, tous nos projets de collaborations sont tombés à l’eau, raconte avec émotion Benjamin Benmoyal. Il a suffi de trois jours pour réduire à néant le travail accompli jusqu’alors. » Diplômé de la Central Saint Martins de Londres, le créateur venait tout juste de présenter sa première collection pendant la semaine de la mode de Paris. Ses vêtements conçus à partir de bandes magnétiques de cassettes VHS recyclées avaient alors attiré l’attention des acheteurs présents dans la capitale malgré la propagation du virus : les ventes s’étaient déroulées encore mieux qu’espéré. Plus grande fut la déception.

« A la maison, tout le monde a découpé des morceaux de tissus, mes parents, mes ex-collègues, tous ont mis la main à la pâte ! » Meryll Rogge.

« Je ne suis pas sujet aux regrets mais je me suis quand même demandé : si j’avais eu le choix, est-ce que j’aurais repoussé mon lancement ? Un an après, je me dis que c’est peut-être un mal pour un bien, sans pour autant croire à la bonté divine. Je me suis accroché, j’ai continué à développer de nouvelles collections. Et puis, qu’est-ce que j’aurais fait sinon ? Les entreprises de mode n’embauchent pas en ce moment… », poursuit celui qui n’a pas jeté l’éponge malgré les difficultés.

Depuis, il a présenté deux nouvelles collections, lancé son site de vente en ligne et intégré le calendrier officiel de la Paris Fashion Week. « Le réseau des revendeurs multimarques est paralysé jusqu’en 2022. Les grands magasins sont restés fermés très longtemps et, sans les touristes étrangers, les ventes restent en berne. J’ai dû rebondir autrement en créant mon e-shop, même si c’est un casse-tête absolu en termes de logistique », précise-t-il.

Il n’est pas le seul à avoir réussi son baptême du feu avant que la pandémie ne sévisse : la Belge Meryll Rogge, le Français Victor Weinsanto et l’Américain Colin LoCascio ont eux aussi été stoppés net dans leur élan. « Quinze jours après mon premier défilé, nous étions tous enfermés chez nous. De quoi me faire redescendre sur Terre ! J’étais effrayé, incapable d’imaginer la suite », lance Victor Weinsanto. Aujourd’hui, le designer de 27 ans voit les choses plus sereinement.

Benjamin Benmoyal, à Paris, en 2018.

Son design, à mi-chemin entre l’univers des cabarets et le rétrofuturisme, aux corsets revisités et aux combinaisons stretch parsemées de motifs psychédéliques, a tapé dans l’œil d’Adrian Joffe, PDG du concept-store Dover Street Market, qui lui a offert une place gratuite dans son showroom parisien en septembre 2020. « Je comptais présenter ma collection dans mon petit appartement réaménagé pour l’occasion, la proposition d’Adrian a été un coup de boost formidable et ça m’a aussi beaucoup crédibilisé. C’est une sacrée fleur qu’il m’a faite ! », confie le designer qui est désormais entouré de son compagnon et de ses parents dans la gestion de sa marque distribuée dans une vingtaine de boutiques à travers le monde, notamment chez Dover Street Market et Nordstrom.

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