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les syndicats fustigent la demande de chômage partiel déposé par Amazon


L’indécence. C’est le mot choisi par syndicats CGT, CFDT et SUD
d’Amazon France pour qualifier la demande de chômage partiel, déposée jeudi
dernier, par la firme de Jeff Bezos. Amazon a déposé cette demande pour ses
six sites français. Leur activité avait en effet été suspendue suite à la
récente décision de la Cour d’appel de Versailles qui avait sommé
l’entreprise de procéder à une évaluation des risques liés à la crise du
coronavirus avec les représentants du personnel. La cour d’appel avait
également demandé à Amazon de réduire son activité le temps que cette
évaluation soit finalisée, sous astreinte de 100 000 euros par infraction
constatée. Pour rappel, dès le début du mois d’avril, un salarié de
l’entrepôt de Brétigny-sur-Orge, atteint du coronavirus, avait été placé en
réanimation. Plusieurs employés avaient été atteints depuis, sur ce même
entrepôt.

Le groupe avait préféré fermer ses entrepôts jusqu’au 5 mai prochain,
justifiant cette décision par le fait que l’activité de l’entreprise était
techniquement complexe ce qui pouvait impliquer des traitements accidentels
de produits non-autorisés, et donc entraîner une pénalité potentielle d’un
milliard d’euros par semaine. Cette décision, estime les syndicats, doit
être assumée par l’entreprise : « Amazon a fait le choix de fermer
temporairement ses entrepôts depuis le 16 avril dernier, tout en
poursuivant son activité depuis les sites européens » s’indignent-ils en
concluant qu‘Amazon a fait ce choix « pour mieux se soustraire à deux
décisions de justice successives ».

La première décision avait été émise par le tribunal de Nanterre qui,
la 14 avril, avait enjoint Amazon France de limiter ses activités à des
produits essentiels. Or sur le site, le géant américain a indiqué dans un
message sur son site qu’elle continuait à « donner accès » aux produits
vendus par les « milliers d’entreprises indépendantes » inscrites sur sa
marketplace et « sans restriction de catégorie ». Les consommateurs
gardaient également la possibilité d’utiliser la plate-forme Amazon France
pour acheter et se faire livrer des produits depuis l’étranger.

La France refuse la demande de chômage partiel déposée par Amazon

Pour les syndicats, la demande de chômage partiel déposée par Amazon
contrevient totalement avec la lettre et l’esprit de cette mesure
gouvernementale. Dans un communiqué, ils soulignent que « ce dispositif a
été mis en place pour venir en aide aux salariés des entreprises dont
l’activité est rendue impossible dans la période, comme la restauration ou
les commerces non-essentiels ». Cette demande concerne environ 10 000
personnes. Pour Laurent Degousée de Sud-Commerce, la demande de chômage
partiel déposée par Amazon était parfaitement déplacée : “C’est un refus
qui est tout à fait normal. C’est Amazon qui a fait le choix depuis le 16
avril de fermer ses six entrepôts et donc, de fait, de mettre au chômage
partiel 11.000 salariés. Et pendant cette fermeture, les affaires
continuent. Amazon est parfaitement en capacité de continuer à payer le
salaire de son personnel à hauteur de 100 pour 100.”

Cette analyse a visiblement été partagée par l’administration
française. La direction de l’entreprise a en effet indiqué aujourd’hui à
l’AFP qu’elle avait «fait une demande de chômage partiel pour six sites,
soit environ 10.000 personnes, qui n’a pas abouti». Le ministère a confirmé
avoir reçu une demande «jeudi» et l’avoir refusée, sans plus de
précision.

Ce nouveau rebondissement s’inscrit dans une série d’accusations qui
touche le géant américain depuis le début de la pandémie. L’entreprise de
Jeff Bezos est notamment pointée du doigt pour ne pas avoir suffisamment
protégé ses employés, mais aussi, aux Etats-Unis, pour avoir licencié des
salariés qui avaient mené des mouvements de protestation. Le regroupement
d’associations Athena, fin avril, avait fait état de 130 entrepôts où les
travailleurs avaient contracté le Covid-19. Dans certains de ces entrepôts,
plus de 30 cas avaient été confirmés. Le 21 avril, plus de 300 salariés
d’Amazon aux Etats-Unis s’étaient engagés à ne pas se rendre sur leur lieu
de travail à partir de mardi, pour demander une amélioration des conditions
sanitaires dans les entrepôts. La plus grande action de masse des
travailleurs à ce jour pour l’entreprise.

Jeff Bezos a entendu ses critiques. Le 30 avril, il avait déclaré qu’il
souhaitait dépenser l’intégralité des 4 milliards de bénéfices prévus
d’avril à juin pour investir dans la protection de ses employés et financer
des tests de Covid-19 à grande échelle. Cette décision, il faut le noter,
avait été immédiatement sanctionné en Bourse où le titre avait perdu 5 pour
cent lors des échanges électroniques après la clôture de Wall Street. Pour
rappel, au premier trimestre, le géant américain du commerce en ligne a
réalisé 75,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Une hausse de 26
pour cent sur un an.

Crédit : Amazon. Portrait Jeff Bezos.



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