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L’horlogerie suisse se dévoile tout en ligne pour cause de pandémie


Zurich – Pour maintenir le prestigieux salon de la haute
horlogerie de Genève -annulé l’an passé à cause de la pandémie- les
organisateurs de ce grand rendez-vous des professionnels ont opté cette année
pour une solution radicale avec une édition uniquement en ligne.

Montres aux couleurs pop inspirées de l’univers de la musique électro des
années 1990 chez Chanel, cadran fabriqué à base d’un fragment de météorite
chez Rolex, bracelet à base d’un nouveau matériau composé à 40 pour cent de matière
végétale provenant de déchets de pommes cultivées pour l’agroalimentaire sur
un des grands classiques de Cartier qui surfe sur la tendance à l’économie
circulaire…

Les amateurs de belles montres se délectent derrière leurs écrans des
nouveautés dévoilées sur la plateforme du salon Watches & Wonders par les 38
grandes marques qui participent à l’événement qui se tient jusqu’au 13 avril.
Cette version virtuelle du salon est “une belle occasion d’apprendre”,
estime Edouard Meylan, le patron de la manufacture H. Moser, lors d’un
entretien avec l’AFP. Il s’attend à ce que les événements en ligne se
généralisent à l’avenir, même une fois la pandémie surmontée. “Cela ne
remplacera jamais les salons et les contacts en personne. Mais c’est dans
l’air du temps”, juge-t-il.

Comme un plateau de cinéma

Lorsqu’il a réalisé que la crise sanitaire était en train de s’enliser, ce
quadragénaire a décidé d’investir massivement dans les outils numériques,
faisant résolument basculer dans une autre époque cette marque fondée en 1828
par Heinrich Moser, un horloger suisse qui avait fait fortune à
Saint-Pétersbourg en s’alliant à l’orfèvre des tsars Fabergé.

“Nous avons acheté des caméras, des lumières et installé tout un studio
dans la manufacture, avec des décors, qui ressemble à un plateau de cinéma”,
retrace-t-il, se donnant ainsi les moyens de produire des contenus haut de
gamme pour Instagram, d’organiser des visites virtuelles de la manufacture et
même des apéros Zoom en version chic autour de grands crus.

Faute de pouvoir voyager, le patron de cette marque, destinée aux
collectionneurs et qui produit environ 1.500 pièces par an vendues en moyenne
35.000 francs suisses (31.800 euros), fait livrer un bon vin aux propriétaires
de boutiques de montres de luxe, s’installe avec le même cru dans le studio
flambant neuf et leur présente ses esquisses et nouveaux modèles dans un cadre
convivial, en petit comité.

Mode non-idéal

Une version numérique d’un salon n’est pourtant pas tout à fait pareille,
regrette Guillaume de Seynes, un des directeurs de la maison Hermès.
“C’est forcément une déception parce que déjà l’année dernière il n’y avait
pas eu d’événement”, confie-t-il à l’AFP, jugeant qu’une version en ligne
reste “un mode non-idéal”. Sur les salons, la maison parisienne veille
toujours à “appuyer le message de nos nouvelles créations par un décor
spécifique”, “une mise en scène spécifique” et de belles vitrines “qui sont un
de nos grands atouts”.

La maison Hermès a donc décidé de s’installer le temps du salon dans le
prestigieux Bâtiment des forces motrices à Genève où elle a demandé à deux
jeunes artistes français, Clément Vieille et Pierre Pauze, de créer une
installation mettant en scène le modèle phare – appelé H08 – qu’elle présente
durant ce salon. Elle s’est ainsi assurée d’un beau cadre sur place même “pour
des rendez-vous par écrans interposés”, explique-t-il.

Le président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, Jean-Daniel
Pasche, se félicite que le salon ait pu se tenir malgré les restrictions
sanitaires au terme d’une année difficile pour l’horlogerie. L’an passé, les
exportations horlogères suisses se sont contractées de 21,8 pour cent, avec le choc des
fermetures de boutiques pendant les périodes de confinement et l’effondrement
du tourisme dont dépend étroitement le secteur du luxe.

“L’e-commerce était déjà en plein essor et la pandémie a encore accéléré la
tendance”, constate-t-il. “Mais la crise nous conforte dans l’idée que le
online et le offline vont ensuite continuer à coexister” dans ce secteur où
les clients veulent toujours toucher, voir et essayer les produits, même
lorsque leur achat se fait in fine en quelques clics.
“Ce sont deux univers qui vont continuer à évoluer de concert”,
présage-t-il. (AFP)

Crédit : Unsplash, Andrea Natali



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