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Louis Vuitton, le nouveau mix de Virgil Abloh


« Leonardo ? » Il est à peine 8 heures à la Cité du cinéma, à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, et, déjà, la fourmilière s’agite. « Où est Leonardo ? Qui habille Leonardo ? » Ce 22 juin, on tourne en studio ce qui sera la vidéo de présentation de la collection masculine printemps-été 2022 de Louis Vuitton. Dans un vaste hangar, les mannequins, des garçons vingtenaires ravis d’en être, de 1,85 mètre et plus, s’habillent parmi les portants où sont suspendus ici un manteau touffu façon 101 dalmatiens, là une chemise en popeline menthe, ailleurs un jean monogrammé et un sweat-shirt rose bonbon, comme décoloré au spray bleu et vert, que le fameux Leonardo finira par enfiler.

Une sorte de grand patchwork, pensé autour du concept d’« Amen Break » – le titre de la collection –, l’une des boucles les plus utilisées du hip-hop et de la drum and bass, inventée par le groupe The Winstons en 1969. « En tant que mélomane, j’ai grandi en connaissant l’histoire de ce rythme si souvent samplé, relate le directeur artistique Virgil Abloh. Mais, avec le temps, j’ai découvert à quel point il avait voyagé, pris des formes diverses, alimenté des sous-cultures. Et en y repensant, il m’a semblé qu’il pouvait aussi être une parfaite métaphore de la mode. Après tout, un tee-shirt, c’est un amen break. La personne qui a dessiné la coupe d’un tee-shirt est samplée à l’infini. »

Le concept autorise celui qui est aussi DJ à la nuit tombée à exécuter ce qu’il sait faire (ou l’unique chose qu’il sache faire, diront ses détracteurs) : mixer. S’entrechoquent ainsi, dans un esprit psyché et rave, des combinaisons enveloppées d’organza et des joggings, des tailleurs ceinturés façon champion d’aïkido, des sweat-shirts et des jupes.

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« Pardon », doit demander en coulisses un mannequin qui, en volumineuse jupe à crinoline, apprend à se frayer un chemin. Tout près, un garçon blond en chemise sable, gilet et boucle d’oreille cobalt se laisse maquiller le visage, le regard fatigué – les mannequins ont été convoqués à l’aube. Plus loin se dressent des tables à repasser pour dompter le moindre pli, des miroirs pour l’atelier coiffure, des tables recouvertes d’accessoires, segment-clé chez le maroquinier grand luxe qu’est Vuitton : microsacs en forme de carotte ou de citron, sac à dos poisson et malles rigides, sacs à main tie and dye ou mordorés, bijoux multicolores et pendentif lame de rasoir, lunettes réfléchissantes, gourdes et baskets de rando… De la couleur. Beaucoup de fluo. « J’ai voulu, au-delà des gris, me laisser aller à une richesse de teintes exubérantes », raconte Virgil Abloh.

Un dojo et un sous-bois

Toutefois, il n’ignore pas que, côté accessoires, sa carte maîtresse est la collaboration qu’il dégaine avec la basket Air Force 1 de Nike et que l’on retrouve dotée de la virgule du géant du sportswear mais façon Vuitton : monogrammée, logotée, à damier. « La Air Force 1 est quasiment la pierre angulaire du hip-hop. J’en ai beaucoup porté par le passé, en ai collectionné certaines. On a conservé la semelle Nike mais la réinterpréter avec le talent artisanal de Vuitton, les meilleurs cuirs en provenance d’Italie, donne un résultat que je trouve très abouti », déclare en souriant le directeur artistique. « Ça sortira quand ? », s’enquiert déjà, avec l’œil qui brille, un modèle qui en est chaussé en se dirigeant vers le plateau.

Celui-ci, où circulent des employés qui distribuent masques et bouteilles d’eau, se découpe en trois décors. Ils donneront, à l’écran, trois atmosphères distinctes : une devanture ; un dojo, club d’arts martiaux japonais noyé de beige ; une forêt qui ne se compose que de troncs nus et fins. « Paul ? Philippe ? appellent les haut-parleurs. Vous êtes prêts ? Ça tourne ! » C’est dans ce sous-bois où des effets stroboscopiques donnent l’illusion d’un orage dangereux que se font les premières prises, tout au long de la matinée.

Louis Vuitton.

D’abord, un homme en veste et jupe noires à l’allure de mage, la tête encagoulée surmontée d’une casquette (un drôle d’assemblage omniprésent dans la collection) avance, suivi d’un garçon en costume. Ils sont les deux héros de la vidéo, un père et son fils dont on devine qu’ils vont devoir lutter ensemble face à des épreuves sur le chemin. Réglages caméras, fixées sur des rails ou une grue. Clap. Deux prises. Puis, sur une musique entêtante, se joignent à eux une vingtaine de mannequins qui s’adossent aux troncs d’arbres, tandis que des danseurs en costumes évasés esquissent quelques pas et se meuvent gracieusement. « Plus mystérieux, les modèles ! », enjoint dans son micro la directrice de plateau, avec l’autorité d’un chauffeur de salle.

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Plus tard, la même séquence sera refaite avec des confettis soufflés en guise de feuilles mortes, avant de passer aux scènes de dojo. Une production de haute volée destinée à magnifier les 72 silhouettes qui jouent sur les gimmicks de Virgil Abloh : tailleurs à larges revers, hauts de forme, blousons teddy à écussons, lunettes rectangulaires XXL. Le tout laisse rarement la tête nue. Les cagoules mangent les visages, les bérets brodés recouvrent les cheveux, les cache-oreilles à poils et les capuches vont bon train. « Avec l’artisanat des ateliers, je pourrais faire une collection entière uniquement pour habiller les têtes. C’est un art qui se perd et j’essaie de le réhabiliter d’une manière contemporaine », s’amuse Virgil Abloh qui, pendant le tournage, suit les séquences derrière l’écran d’un combo.

Au-delà des vêtements, la vidéo est aussi pour lui l’occasion de mettre en scène des artistes qu’il affectionne, souvent noirs : le poète Saul Williams, le rappeur GZA, la plasticienne Kandis Williams, le jeune comédien français Issa Perica… « J’ai aussi cette ambition de former une communauté. » Autant d’influences qui nourrissent l’imaginaire de celui qui fait de la mode un collage hybride, avec la même énergie frappante d’un remix qu’il bricolerait derrière ses platines.

Louis Vuitton.
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