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« Ma mère passait facilement d’une robe Yves Saint Laurent à un pagne africain »


La mère du styliste Jenke Ahmed Tailly, alias Lejenke.

« Voici ma mère, Thérèse, elle devait avoir environ 26 ans sur cette photo. Nous sommes à la fin des années 1970 ou au début des années 1980 et je suis né il y a deux ou trois ans. Enfant, j’ai beaucoup admiré cette photo dans la maison de ma grand-mère, à Abidjan, dans le quartier très melting-pot de Treichville. Elle était affichée en grand sur son mur de portraits de famille.

Mes arrière-grands-parents faisaient partie de la première génération de Sénégalais immigrés en Côte d’Ivoire, ils ont participé activement au développement économique du pays. J’ai grandi dans un univers très éclectique, entouré de femmes fortes et intelligentes, douées d’une grande curiosité. Ma grand-mère était très généreuse, sa porte était toujours ouverte. Chez elle, on pouvait aussi bien croiser le styliste burkinabé Pathé Ouédraogo, les membres du groupe sénégalais Xalam que le chanteur jamaïcain Jimmy Cliff.

Des valeurs d’ouverture

Après ses études, ma mère a intégré Air Afrique, la grande compagnie aérienne de l’époque. Elle avait choisi cette photo pour qu’elle figure sur son certificat de travail. Avec elle, j’ai voyagé à travers le monde, nous étions inséparables. Je me souviens du très beau boubou qu’elle porte sur la photo, en voile de mousseline imprimé. Elle passait facilement d’une robe Yves Saint Laurent à un pagne africain. Elle adorait les imprimés Carven, ou porter du Charles Jourdan et du Chris Seydou : elle savait jongler avec tous ces codes.

« Mes tantes me soudoyaient avec des bonbons et des cadeaux pour que je les aide à choisir les tenues qu’elles faisaient confectionner chez les couturiers de famille ! »

Surtout, elle était d’un chic absolu. C’était une femme douce et tendre qui vous regardait avec ses grands yeux de velours, j’aime ce que j’ai hérité de son regard. Je me souviens quand elle venait me chercher à l’école le samedi dans sa décapotable, en jean Levi’s 501 et polo Lacoste, perchée sur ses sandales Yves Saint Laurent à talons hauts, comme en lévitation.

J’étais aussi fascinée par ma tante Mously, j’admirais son look androgyne, ses bermudas Romeo Gigli et ses derbies Comme des Garçons en peau de vache. Deux autres de mes tantes possédaient une boutique de tissus qu’elles importaient d’Inde, du Pakistan ou du Soudan. Très tôt, j’ai été sensibilisé aux belles matières et je donnais des conseils de style. Mes tantes me soudoyaient avec des bonbons et des cadeaux pour que je les aide à choisir les tenues qu’elles faisaient confectionner chez les couturiers de famille !

J’ai vécu une enfance dorée, je donnerais tout pour la revivre. A la maison, l’art occupait une place à part, mais toujours dans cette idée de métissage des cultures. Nous aimions le cinéma, celui de Maurice Pialat et d’Ousmane Sembène. Tout cela m’a permis de développer un œil très singulier, sans être figé dans une esthétique. Je dois aussi beaucoup à ma famille de m’avoir transmis des valeurs d’ouverture, l’idée qu’on est plus fort dans le partage et le mélange. »

Une vidéo réalisée par Jenke Ahmed Tailly pour la griffe britannique Pangaia



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