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Paris Fashion Week, un vivier de jeunes talents


Par Valentin Pérez

Publié aujourd’hui à 15h39

Boramy Viguier.

Si la fashion week de Paris brille grâce à ses maisons prestigieuses, elle peut aussi se prévaloir d’être une pépinière de jeunes talents. Et cette saison masculine automne-hiver 2021-2022, où les designers étrangers ont envoyé de leurs nouvelles par vidéo, permet aux talents locaux de prendre plus directement la lumière, eux qui ont parfois pu convier les journalistes et acheteurs basés dans la capitale en présentation sur rendez-vous. La semaine a révélé un vivier de jeunes hommes qui dessinent un vestiaire masculin dans des registres très éclectiques, du vestiaire néomédiéval de Boramy Viguier, mis en scène à l’abbaye de Royaumont dans une fable d’heroic fantasy, jusqu’aux tenues seventies et eighties nourries de films d’horreur de Florentin Glemarec et Kévin Nompeix, le duo d’EgonLab.

EgonLab.

Un goût du frisson et de l’inquiétant qu’on retrouve aussi chez Louis-Gabriel Nouchi. Celui dont chaque collection évoque un livre a trouvé une riche matière grinçante dans Le Procès de Kafka (1925), roman qui relate les poursuites judiciaires absurdes contre son héros. « Entre le procès de Charlie Hebdo, les débats sur les violences policières, cette réflexion sur la façon dont l’appareil d’Etat peut apparaître comme une machine désincarnée m’a parue juste », explique Louis-Gabriel Nouchi.

Louis-Gabriel Nouchi.

On peut apprécier l’ensemble – grands manteaux noirs ou camel ceinturés, joggings gris, chemise-tunique blanche, mailles faciles à porter – vu de loin, sous la forme d’un ballet filmé miroitant. Mais c’est dans le détail qu’on mesure la précision inspirée de son travail. « J’ai tiré de l’univers kafkaïen des couleurs froides et sourdes, des lainages en écho aux bureaux administratifs feutrés, des jeux de rayures qui seraient comme une décoloration de la lumière filtrant à travers les stores californiens. »

La relève française compte aussi ses créateurs optimistes et pop. Chez Casablanca, griffe qui a depuis quelques mois l’attention des acheteurs, Charaf Tajer invite à regarder la victoire arrosée et dansante d’un pilote de F1, dans un grand hôtel-casino, avec débauche d’imprimés chamarrés (damier, jeu de carte, circuit de course), de teintes acidulées, de fourrure et introduction d’un monogramme maison.

Uniforme.

Hugues Fauchard et Rémi Bats d’Uniforme vantent, eux, les mérites de l’épure et du local. Après un premier confinement passé dans leur appartement-bureau du Marais, à Paris – « pas la meilleure expérience », grimacent les trentenaires, en couple depuis neuf ans –, ils ont déménagé en 2020 dans la campagne vendéenne. « Cela nous a permis de nous rapprocher de nos façonniers, 80 % de nos vêtements étant fabriqués en France, essentiellement en Normandie et sur la côte Atlantique. Désormais, un coup de voiture nous suffit à résoudre un blocage technique », racontent-ils.

Venus à Paris pour la fashion week, c’est dans un Airbnb qu’ils dévoilent leur collection modeste et raffinée, inspirée par la figure du botaniste américain John Ernest Weaver (1884-1966) : imprimés dessins de végétaux et de racines, mailles, teintes naturelles, veste avec poche dorsale pour y glisser les fleurs ramassées en balade…

Blue Marble.

Le confinement a cloué au sol le voyageur Anthony Alvarez, fondateur de Blue Marble. Mais il a compensé sa sédentarité en rêvant. « J’ai voulu créer une collection comme une bulle dans un pays lointain et froid, alimentée par des souvenirs festifs de vacances entre amis. » Les couleurs des aurores boréales qu’il a pu observer il y a deux ans en Islande teintent ses ensembles-pyjamas, doudounes et parkas, avec des notes de bleu ciel et de rose pâle, empruntés aux clips du rappeur Cam’ron, autres réminiscences de vacances de jeunesse.

En pleine pandémie, ces jeunes pousses hexagonales assurent voir que leurs résultats sont croissants, même si la fabrication de leurs collections sous confinement ou couvre-feu n’a pas toujours été simple. « Livrer à temps a été un challenge », avoue Anthony Alvarez.

« Certains délais de production ont été allongés », confirme Ludovic de Saint Sernin qui reçoit à la Joyce Gallery au Palais-Royal, son chiot à ses pieds. Il ne présente en conséquence qu’une partie des pièces pour l’automne prochain : crop-top en cristaux Swarovski, pantalon en laine extra-fine, débardeur lila ou vert tendre. Mais il s’adapte pour présenter autrement son univers qui mêle doux romantisme et franc homoérotisme, exposant dans la galerie des photos crues (signées Rick Owens) où on reconnaît son slip lacé signature, des clichés dénudés qu’il affectionne, des jockstraps en cuir (des suspensoirs qui laissent les fesses découvertes) en avant-première… Il recevra ici, jusqu’au 31 janvier, les curieux passants. Ou comment, quand le monde pâlit derrière un écran et que la mode se pixellise, tenter de retrouver le plaisir de la conversation en face-à-face (même masqués et à bonne distance !)

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