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« Quand j’ai vu le premier blessé, je n’ai pas eu envie de continuer à photographier, mais d’aider »


Une femme dans un café ; des soldats dans le métro ; des silhouettes de révolutionnaires, uniformes débraillés, ouvrages marxistes à la main : les photos ne tiennent pas du portrait sensible de star ni de l’image de mode affirmée que l’on associe à Dominique Issermann, mais elles portent déjà sa signature, le noir et blanc. Elles remontent au printemps 1974, lorsque la jeune photographe est envoyée par le magazine Time au Portugal pour couvrir la « révolution des œillets », soulèvement qui met fin à la dictature de Salazar. « La presse du monde entier était là, attendant que ça dégénère », se souvient celle qui travaillait au Leica argentique, objectif 35 mm.

« Après Mai 68, j’étais idéaliste et féministe, rêvant de paix et d’égalité, bouleversée par les grands leaders de la gauche, par les peuples en révolution », détaille-t-elle. A 27 ans, elle signe de temps en temps des reportages sur la jeune garde du cinéma européen dans Zoom, magazine soigné et arty, ou sur l’abbé Pierre dans Time. Elle admire les portraits de couturiers d’Edward Steinen, disparu un an plus tôt, le noir et blanc irréprochable d’Edward Weston, mais aussi la puissance des images de guerre d’un Don McCullin ou d’un Larry Burrows, embarqués au plus près des combattants américains au Vietnam.

Dans une bande masculine

Dans ce Portugal en révolte, elle multiplie les instantanés, d’Evora à Lisbonne, où elle croise Bernard-Henri Lévy, et jusque dans les campagnes avec leurs coopératives agricoles, « des îlots de rébellion comme on en voit dans Novecento, de Bernardo Bertolucci, avec des femmes intenses qui criaient : “Liberté !” »

Pour suivre les événements est venue de France la fine fleur des agences Sygma, Magnum et Viva : Guy Le Querrec, Gilles Peress, Sebastião Salgado… Dans cette bande masculine où la compétition s’aiguise, Issermann est la seule femme. « Nous voulions tous tirer le portrait du militaire Otelo de Carvalho, un stratège de la révolution. Un jour, je leur ai dit, téméraire : “Moi, je vais y aller !” J’ai traversé la cour avec mes appareils, suis arrivée jusqu’aux sentinelles, ai tenté de les convaincre, alors que je ne parle pas un mot de portugais. Ils m’ont dit : “Bien sûr, passez”. Mes collègues, retenus derrière la grille, m’ont regardée partir, interloqués. Finalement, arrivés derrière une colonne, les militaires m’ont fait tourner à droite. Dès que nous avons été à l’abri des regards, ils m’ont dit : “Retournez immédiatement derrière la grille !” »

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