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Quelle “opportunité” offre la crise aux entreprises textile ?


Quelle "opportunité" offre la crise aux entreprises textile ?

Paris – Pour Delphine Dion, professeure de marketing à
l’Essec Business school, l’avenir du textile fabriqué en France passe par
une
production axée sur le respect de l’environnement.

AFP : Le thème des relocalisations dans le textile s’impose de
nouveau, poussé notamment par Bercy, qui a lancé une mission sur le sujet.
Pensez-vous que cela soit possible?

Il est sûr qu’on ne va pas concurrencer le Bangladesh ou le
Vietnam en termes de coûts. Relocaliser n’a pas de sens si c’est pour
relocaliser sur le même modèle. Ce n’est pas possible sauf sur des micro
marchés. Mais même cela, comme les produits très techniques, on arrive à les
faire dans d’autres pays. En plus on va traverser une grave crise
économique,
donc les gens vont être attentifs à leur pouvoir d’achat. La contrainte est
là.

Mais à côté, il existe une opportunité: malgré les difficultés
économiques,
il y a une idée qui émerge sur le marché, c’est d’aller vers une
consommation
plus responsable, plus citoyenne. C’est une opportunité de repenser
l’écosystème du textile. La mission de l’entreprise va être de plus en plus
importante pour les consommateurs et pour les salariés. Les t-shirts à 5
euros, cela va continuer d’exister, le modèle H&M n’est pas mort. Mais je
crois à une prise de conscience, c’est un phénomène de fond. Cela reste un
marché de niche mais qui va se développer.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie?

On peut imaginer des “localisations” plutôt que des relocalisations.
Il
faut voir cela comme un écosystème autour de l’intégralité de la filière:
produire, vendre, revendre – on voit l’explosion de tous les sites de
revente.
Il faut repenser l’intégralité du “business model” du textile autour de
l’économie circulaire du partage, de l’économie du recyclage.

Par exemple, on peut dire aux consommateurs: “Vous allez acheter
quelque
chose de plus cher mais qui est plus citoyen, et on vous donne la
possibilité
de le revendre facilement sur une plateforme, ou même de le re-revendre à la
marque qui va, elle, gérer le recyclage”. Il y a des marques qui commencent
à
le faire mais il va falloir que cela soit beaucoup plus massif.
Si on arrive à créer un marché secondaire fort, on revalorise le marché
initial. Cela permet de recréer de la valeur.

Il existe une multiplication des labels certifiant la production
française, de façon plus ou moins transparente, n’y a-t-il pas un risque de
perdre le consommateur?

Cette multiplication des labels est complexe. Certains ont une très
faible lisibilité, quand d’autres sont très forts. Je pense que d’ici
quelques
années, il y aura quelque chose qui va beaucoup aider, ce sera la
technologie
blockchain, on pourra avoir une traçabilité parfaite sur chacun des objets
ou
des vêtements pour comprendre comment il a été fabriqué, et où. Ce sera de
belles opportunités pour montrer l’origine des produits, leur côté vertueux,
et créer du “storytelling” autour de cela. Dans le sens positif du terme:
mettre en scène le produit pour expliquer comment il est différent des
autres.
(AFP)

Crédit Mulberry



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