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« Remonter le temps, c’est le fil rouge de ma vie »


Par Denis Cosnard

Publié aujourd’hui à 01h19

A 70 ans, Christian Lacroix renoue enfin avec un des bonheurs de son enfance : la mise en scène. Après avoir conçu des costumes et des décors, il est pour la première fois le maître d’œuvre complet d’un spectacle, une nouvelle version de La Vie parisienne d’Offenbach. Actif comme jamais, il travaille aussi aux costumes de Roméo et Juliette à l’Opéra-comique, de Cendrillon pour l’Opéra de Stockholm, et de Werther pour une production à Lausanne.

Je ne serais pas arrivé là si…

Si j’avais aimé la vraie vie. J’étais un enfant heureux, élevé à Arles dans une famille aimante. Mais je n’avais pas de frère ni de sœur de mon âge, j’étais d’une timidité maladive, je parlais peu, et je vivais déjà dans l’imaginaire. Je regardais tout et je le transformais dans ma tête. Je refaisais l’appartement des gens chez qui j’étais invité, je les rhabillais… Je réinventais le monde car je le détestais, et je le déteste encore, du moins le quotidien. J’avais aussi inventé un jeu dans lequel j’inscrivais sur de petits papiers un métier, un âge, une date. Après avoir pioché, je me retrouvais par exemple avec une dame de 64 ans, veuve d’un notaire de Budapest, le 14 septembre 1742. A moi d’aller chercher dans des vieux livres, aux puces, à quoi pouvait ressembler cette dame, pour la dessiner.

Le dessin jouait-il déjà un rôle clé ?

Oui, et il y avait aussi de petits spectacles. Mon grand-père maternel avait l’habitude de monter dans le grenier et d’en redescendre costumé pour interpréter le mariage de Rainier et Grace de Monaco, la rupture du barrage de Fréjus, etc. A mon tour, je transformais ma grand-mère en Marie-Antoinette, la tête sur le billot. Ma première mise en scène ! Je me déguisais parfois pour elle, je lui présentais des danses africaines. Jusqu’au jour où j’ai entendu le rire un peu ironique de ma mère, qui nous épiait. Très vexé, j’ai définitivement arrêté. Ces spectacles finis, je n’arrivais guère à échanger, sinon par le dessin. Vers 15 ans, par exemple, une amie m’a amené chez des gens très baroques, qui vivaient comme au XIXe siècle, avec des candélabres, des costumes anciens, des déshabillés de moire rouge… Il y avait des médiums, des toreros, des gens qui avaient connu Cocteau et Picasso. Mon ticket d’entrée dans ce monde étrange, c’était de tout dessiner. Je laissais mes carnets à la sortie.

Et pour nourrir votre imagination, vous vous plongiez dans le passé…

Très tôt, vers 12 ou 13 ans, j’ai accumulé de la documentation sur la décoration et la mode, d’aujourd’hui comme d’hier. J’avais une envie, presque pathologique, de remonter le temps. C’est cela, le fil rouge de ma vie : remonter le temps. J’ennuyais sans cesse mes grands-parents, par exemple, en leur demandant de me raconter comment c’était avant. Je réclamais des photos anciennes, j’utilisais mon argent de poche pour acheter de vieux albums d’inconnus, des gravures, des magazines, tout ce qui me permettait d’avoir un témoignage du passé. J’amassais, j’amassais, et je n’ai jamais arrêté. Plus tard, devenu étudiant, j’ai travaillé chez la veuve d’un artiste typographe catalan nommé Louis Jou. J’y ai connu des femmes qui avaient été modèles à Montparnasse dans les années 1920 ou 1930. Il y avait aussi Jacqueline Picasso, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, le photographe Gjon Mili, ou encore les fondateurs du festival de Prades avec Pablo Casals. Des dinosaures ! J’avais le sentiment de remonter le fil du temps, de saisir les derniers éclats d’un monde en pleine disparition.

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