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Rokh, la punk attitude


Rok Hwang, en 2017.

En cette douce fin d’après-midi, vers quel spectacle les mannequins (très) filiformes de Rokh se dirigent-elles ? Vêtues de la collection printemps-été 2022, présentée lors de la Paris Fashion Week jeudi 30 septembre, ces héroïnes filent d’un pas décidé dans le vestibule d’entrée monumental du Petit Palais. Peut-être pour la première d’un Don Giovanni à l’Opéra, suggèrent les longs bras gantés, une robe-bustier brodée et une autre à longue traîne, les tops à plumes, les pièces dévorées de cristaux, les détails de dentelle… Pourtant, sur ces mêmes silhouettes, les pantalons-cargos, robes mini en PVC, trenchs et ensembles en denim déconstruits ou bijoux en vermeil façon lettres en ballons gonflés à l’hélium plaident plutôt pour un concert punk de The Damned, dont les rifs de guitare électrique vrillent à plein volume.

« J’ai voulu marier cette saison un vocabulaire utilitaire masculin, poches plaquées, coton rigide, à des références du soir très féminines, un glamour théâtral tout en satin de soie », raconte l’auteur de ce mix détonant, Rok Hwang, la veille du show, entre deux essayages. S’il ne s’agit que de la sixième collection qu’il dévoile lors de la fashion week parisienne, beaucoup, déjà, ont cessé de regarder le trentenaire comme un débutant. Son vestiaire démantelé puis recomposé et son CV prestigieux (trois ans à faire ses classes dans le studio de Phoebe Philo chez Céline, puis des consultations pour Chloé et Louis Vuitton), couplés à son immédiate sympathie, ont fait de lui un designer estimé par les plus esthètes des acheteurs et stylistes.

Sa force ? Des pièces classiques à l’apparence bourgeoise – le trench en gabardine, le blazer, la robe à fleurs… – mais démontées, asticotées selon ses désirs. Sous la main de celui qui drape lui-même dans son studio du nord de Londres, avant de développer techniques et produits avec son équipe de huit personnes, le cardigan pied-de-poule mute en top architecturé. La jupe portefeuille bascule. L’imper renaît en mini-jupe. Sont favorisés coutures asymétriques, manches amovibles, boutons dimanche avec lundi…

Un langage singulier

Fils d’une professeure et d’un universitaire qui enseigne l’économie, né en Corée du Sud, Rok Hwang a grandi à Austin, au Texas, dans la caravane familiale. « J’étais un bon garçon avec, au fond de moi, un penchant certain pour la rébellion que j’exprimais peu », raconte-t-il, sourire canaille. Attiré par la scène musicale britannique, des Stone Roses à Joy Division, il débarque en 2004 à Manchester, « naïf et stupide », et y découvre toute une population créative insoupçonnée : créatures gothiques, punks mélancoliques… Le jour où il tombe par hasard sur un documentaire sur l’école Central Saint Martins, il comprend qu’il est davantage fait pour la création visuelle que musicale, intègre le cursus avec aisance, s’y forge un goût pour les codes conventionnels « à brutaliser, à rendre nerveux ».

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Dès le lancement de son label personnel Rokh (son prénom relevé de l’initiale de son nom) en 2016, des acheteurs le soutiennent, un prix spécial LVMH en 2018 le confortant encore. Il faut dire que son langage singulier fait coup double. Rok Hwang attire les minimalistes qui reniflent la qualité de la fabrication européenne et goûtent son discours sur un vêtement intemporel (plutôt que d’inscrire la saison, chaque étiquette de ses créations préfère afficher un permanent « 0000 » à côté du logo). Mais il touche aussi un public sensible aux souvenirs intimes que narrent discrètement ses collections : un road-trip américain en 1994 dans la Lincoln de son père pour l’été 2020, une ode à sa sœur pour l’hiver 2020, ses angoisses d’enfant pour l’été 2021…

« Maintenant que j’ai une clientèle fidèle, j’échange volontiers avec celles qui portent mes pièces, pour comprendre leurs attentes, affiner les coupes, garder une réalité commerciale », dit-il, répondant illico oui quand on lui demande s’il a le sentiment de s’améliorer avec le temps. « Mon travail était une sorte de journal intime, témoin de mes sentiments, porteur de ma poésie. Aujourd’hui, peu à peu, il devient davantage un dialogue. »

Rokh.
Rokh.
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