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Top-modèles au naturel, gastéropodes festoyant, nus déconcertants… Juergen Teller, un photographe sans filtre


Par Clément Ghys

Publié aujourd’hui à 07h00

A la fin des années 1980, le monde de la photographie britannique voit apparaître un nouveau venu. Il s’appelle Juergen Teller, vient d’Allemagne, a grandi dans une petite ville au nord de Nuremberg et a étudié à Munich. Il porte souvent des tenues en Lycra, des survêtements ou des shorts très courts. Mais s’il détonne, c’est moins pour son style vestimentaire que pour ses images publiées dans des revues de mode comme i-D ou The Face.

Les mannequins et les groupes de musique dont il réalise le portrait sont mis en scène de manière nouvelle. Le cadrage semble improvisé, voire maladroit, les couleurs sont très crues, les peaux brillent, les imperfections des corps sautent aux yeux. Son travail va alors à rebours des photos classiques, où des mannequins apprêtés posent devant des fonds blancs et dont chaque défaut est gommé par le maquillage.

« Je me souviens très bien des premières fois où j’ai mis mon œil dans le viseur. Le monde devenait rectangulaire. Tout prenait sens, ordonné. Je pouvais enfin me concentrer. » Juergen Teller

Au même moment, dans tous les domaines artistiques, l’époque découvre le grunge. Juergen Teller participe à ce bouleversement. En 1991, il accompagne le groupe Nirvana en tournée, et ses images offrent une intimité rare avec Kurt Cobain. Quelque temps plus tard, il se lance dans une série qui fera sa renommée dans le monde de la mode : les « Go-Sees ». L’expression, utilisée dans le milieu du mannequinat, désigne le moment où une débutante vient montrer son portfolio. A peine celle-ci s’approche-t-elle de son studio que Juergen Teller la shoote, la rendant presque « normale ». Encore une fois, débarrassée de tous les clichés associés à cet univers de papier glacé.

Le leader du groupe Nirvana, Kurt Cobain, en 1991.

Ce dépouillement rappelle un courant de la ­photographie alors très en vogue, issu de la très radicale et clinique école de Düsseldorf, qui a vu éclore des artistes comme Thomas Ruff ou Wolfgang Tillmans. Juergen Teller s’amuse encore aujourd’hui de ce rapprochement. « Je ne connaissais rien de tout cela, confie-t-il, j’étais très loin de ce monde. Les choses étaient beaucoup plus simples pour moi. »

L’obsession de la normalité

Adolescent, Juergen Teller commence un apprentissage pour fabriquer des archets d’instruments de musique, perpétuant la tradition familiale, mais une allergie à la poussière le contraint à renoncer à cette voie. Son médecin lui prescrit un séjour à la montagne, et le jeune garçon atterrit chez un cousin photographe. « Je me souviens très bien des premières fois où j’ai mis mon œil dans le viseur. Le monde devenait rectangulaire. Tout prenait sens, ordonné. Je pouvais enfin me concentrer. » Il rêve alors d’en faire son métier et achète le magazine National Geographic, s’imaginant arpenter la planète pour en tirer des paysages et des portraits d’animaux.

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