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cheveux au Moyen-Âge
Coiffure

Dossier : Les femmes et leurs cheveux au Moyen-Âge

Le Haut Moyen-Âge (Ve au XIIe siècle)

Si tu t’intéresses aux coiffures médiévales, il faut d’abord comprendre une chose essentielle : au Haut Moyen-Âge, les cheveux ne sont pas qu’un détail esthétique. Ils disent le rang social, l’état civil, la pudeur, et parfois même l’appartenance religieuse. Concrètement, une chevelure longue, libre ou couverte ne raconte pas la même histoire selon qu’on est roi, reine, jeune fille, femme mariée ou religieuse.

Chez les Mérovingiens (481-751), les souverains portent les cheveux longs libres, comme un signe germanique de royauté. Les reines et les nobles suivent des codes précis : cheveux divisés en deux tresses cordées, rubans, voile, ou couvre-chef selon la situation. Dans ton cas, si tu cherches à reconstituer une coiffure médiévale ou à comprendre les usages de l’époque, il faut donc toujours relier la forme de la coiffure à la fonction sociale qu’elle remplit.

La chevelure féminine est alors fortement encadrée. Les jeunes filles peuvent aller tête nue, mais les femmes mariées portent généralement un voile qui couvre le cou, les oreilles et une partie des cheveux. Ce n’est pas seulement une question de mode : l’Église et les usages francs imposent une lecture morale du corps féminin. La chevelure, jugée séduisante, doit rester discrète dans l’espace public.

L’essentiel a retenir : au Moyen Âge, la coiffure indique le rang social, l’état civil et la pudeur.

  • Les rois mérovingiens portent les cheveux longs comme signe de royauté.
  • Les femmes mariées se couvrent souvent les cheveux avec un voile.
  • Au XIIIe siècle, les coiffures deviennent plus variées et codifiées.
  • Le hennin signale souvent un rang social élevé.
  • Les femmes du peuple privilégient des coiffures pratiques pour travailler.
  • Les soins du cheveu existent déjà, avec teintures, épilation et parfums.
  • La beauté médiévale valorise surtout une longue chevelure claire et soignée.

Le Bas Moyen-Âge (XIIe au XVe siècle)

À partir du XIIe siècle, les coiffures se diversifient nettement. On voit apparaître une vraie sophistication des formes et des accessoires : voile, guimpe, gorget, crépine, barbette, coiffe, touret, bourrelet… Si tu rencontres ces termes dans un manuscrit, une reconstitution historique ou un document de costume, il faut les lire comme des éléments techniques très précis, et non comme de simples synonymes de “coiffure médiévale”.

Dans la pratique, ces accessoires ont souvent une double fonction : couvrir les cheveux et structurer la silhouette. Le corps féminin est alors encadré par des couches de tissu qui dessinent le visage, le cou et la nuque. Ce que cela change pour toi, si tu veux comprendre l’époque, c’est qu’une coiffure n’est presque jamais isolée : elle s’inscrit dans un ensemble vestimentaire complet.

Le touret, la barbette et la crépine

Le touret et la barbette sont des coiffures emblématiques de la noblesse. La barbette est une bande de tissu qui passe sous le menton, tandis que la crépine sert surtout à retenir les cheveux. Le bourrelet, lui, repose sur une résille et se présente comme un rouleau rembourré, souvent en brocart ou en velours, posé au-dessus de chaque oreille. En clair, on est déjà dans une logique d’apparat : la coiffure ne se contente plus d’être utile, elle devient un signe visible de distinction.

À partir du XIVe siècle, la chevelure se dégage un peu davantage et n’est plus couverte que par un voile léger en mollequin, maintenu par un lien ou un cercle décoratif, appelé tressoir ou circlet. C’est une évolution importante : dans les faits, la coiffure devient plus aérienne, plus décorative, mais reste encadrée par la bienséance.

La guimpe et le gorget

La guimpe est une pièce de toile qui encadre le cou. Au départ, elle peut être portée par toutes les dames, puis elle devient surtout associée aux veuves et aux religieuses. Le gorget se porte sous la robe, alors que la guimpe se porte par-dessus. Cette distinction est utile, car beaucoup de personnes confondent les deux : si tu veux être précis, retiens surtout que leur position sur le vêtement n’est pas la même.

Les coiffures du XVe siècle : l’extravagance au sommet

Au XVe siècle, les coiffures prennent des proportions spectaculaires. Les cheveux peuvent être crêpés, tressés, enrichis de fausses mèches, ornés de fils d’or ou de perles, puis surmontés de voiles et de couvre-chefs en forme de cônes ou de cornes : hennins, escoffions, truffeaux. Dans la majorité des cas, ce type de coiffure n’est pas porté pour le quotidien, mais pour afficher un statut, une richesse et une appartenance à la cour.

Hennin, escoffions et truffeaux : comprendre le rang social

Le hennin est sans doute la coiffure médiévale la plus célèbre. La longueur du voile ou de la coiffe permet de lire le rang de sa propriétaire : jusqu’à la ceinture pour une bourgeoise, jusqu’aux talons pour l’épouse d’un chevalier, et traînant au sol pour une reine ou une princesse. Concrètement, la coiffure devient ici un langage social codé, presque aussi lisible qu’un blason.

La chevelure est alors complètement cachée. On n’hésite pas à épiler les mèches qui dépassent pour obtenir une ligne nette et conforme à l’idéal de l’époque. Le problème, c’est que ces coiffes deviennent parfois tellement imposantes qu’elles attirent les critiques de l’Église, qui publie des ordonnances restrictives pour limiter les excès. Si tu t’étonnes de ces contraintes, c’est normal : au Moyen Âge, la mode est toujours surveillée par la morale.

Ces coiffures ne se font pas seules. Les dames de la cour disposent de servantes spécialisées, les chambrières, qui habillent et coiffent les femmes pour les grandes occasions. Dans les faits, on peut les voir comme les ancêtres des coiffeuses de cour : elles maîtrisent les voiles, les attaches, les ornements et les ajustements nécessaires à ces coiffures complexes.

Les coiffes paysannes : avant tout pratiques

À l’opposé des coiffures aristocratiques, les femmes de condition modeste privilégient des solutions simples et fonctionnelles. Elles travaillent souvent en extérieur, dans les champs ou sur les marchés, et ont besoin de se protéger du soleil, du vent ou de la pluie. Elles utilisent donc le plus souvent un tissu blanc, appelé “touaille”, qu’elles nouent ou drapent de différentes façons.

Dans la pratique, l’objectif n’est pas de paraître, mais de tenir la journée sans être gênée par ses cheveux. Si tu cherches une logique générale, retiens ceci : plus on descend dans l’échelle sociale, plus la coiffure devient utilitaire. Cela ne veut pas dire qu’elle est négligée, mais qu’elle répond d’abord aux contraintes du travail.

La coiffe légère en lin et la coiffe simple de servante

Les coiffes légères en lin et les coiffes simples de servante s’inscrivent dans cette même logique. Elles maintiennent les cheveux, limitent les salissures et permettent de bouger librement. Ce sont des solutions sobres, mais très efficaces au quotidien.

Le chaperon : une pièce mixte et très polyvalente

Le chaperon apparaît au XIIe siècle et devient un véritable accessoire de mode aux XIVe et XVe siècles. Il est composé d’une capuche, d’un camail et d’une cornette. Il est porté aussi bien par les hommes que par les femmes, ce qui en fait une pièce très intéressante si tu étudies les vêtements médiévaux dans leur ensemble.

En pratique, le chaperon sert à la vie en plein air et aux voyages. Il protège du froid et des intempéries, tout en pouvant être travaillé de façon plus élégante selon le milieu social. C’est un bon exemple de pièce médiévale à la fois utile et symbolique.

Soins des cheveux et beauté au Moyen-Âge

On pense souvent que les soins capillaires n’existaient pas vraiment au Moyen Âge. En réalité, c’est faux. Les textes médicaux de la fin du Moyen-Âge montrent au contraire un intérêt réel pour l’épilation, la teinture, la décoloration, l’épaississement des cheveux, leur pousse, leur chute, leur propreté et même leur parfum. Ce que cela implique, c’est qu’il existe déjà une véritable culture du soin, même si elle ne ressemble pas à la nôtre.

Les médecins et chirurgiens transmettent des recettes d’onguents et de teintures capillaires, surtout à destination des personnes de haut rang. La beauté médiévale valorise une longue chevelure, de préférence blonde, ondulée ou bouclée, ainsi qu’un teint clair et un front haut. En clair, les critères esthétiques sont très structurés et ne laissent rien au hasard.

Le blond vénitien et l’idéal de beauté

Pour obtenir un blond roux jugé séduisant, les femmes utilisent des mixtures à base de safran, d’alun, de racines de rhubarbe et d’autres composants. Les Vénitiennes sont particulièrement connues pour leur “Arte biondeggiante”, l’art de blondir les cheveux. Elles appliquent une préparation appelée “bionda”, protègent leur peau avec un peignoir, puis laissent sécher leurs cheveux au soleil pendant plusieurs heures avec un chapeau spécial à larges bords.

Dans les faits, le résultat recherché est un blond roux lumineux, appelé blond vénitien. Si tu croises ce terme, il ne s’agit pas d’un simple blond : c’est une nuance très codifiée, associée à une forme de prestige et de raffinement.

Le front haut : un détail capital

Le front est un élément majeur de l’esthétique médiévale. Il doit être haut, dégagé et épilé très haut pour faire ressortir son bombé. Pour y parvenir, certaines femmes utilisent des mélanges à base d’orpiment et de chaux vive, puis appliquent des substances destinées à empêcher la repousse. Beaucoup de ces produits sont aujourd’hui connus pour être toxiques ou irritants, ce qui montre à quel point la recherche de beauté pouvait être risquée.

Concrètement, cela rappelle une chose importante : les standards de beauté ne sont jamais neutres. Au Moyen Âge comme aujourd’hui, ils peuvent pousser à des pratiques contraignantes, coûteuses, voire dangereuses.

Recettes médiévales de soins capillaires

Les traités comme De ornato mulierum donnent des recettes très détaillées pour teindre, éclaircir ou fortifier les cheveux. Si tu t’intéresses à l’histoire de la beauté, ces textes sont précieux parce qu’ils montrent la logique pratique de l’époque : on mélange des plantes, des minéraux, des poudres et des graisses pour obtenir un effet précis.

Pour teindre le cheveu en blond

Une recette recommande de faire bouillir la coque d’une noix et l’écorce du noyer, puis d’ajouter de l’alun et des pommes de chêne. Après application sur cheveux lavés, on complète avec un colorant à base de safran, de sang-dragon et de henné. En pratique, l’objectif est d’obtenir une couleur durable, ce qui explique les temps de pose longs et les étapes successives.

Une autre méthode consiste à pulvériser des feuilles et racines de chou avec des râpures d’ivoire pour obtenir un jaune pur. Si tu lis ce type de recette, retiens qu’elle mêle observation empirique, symbolique des couleurs et savoirs médicaux.

Pour éclaircir la couleur de la chevelure

Une préparation à base de cendre de feuilles de treille, de paille d’orge, de réglisse et de pain de pourceau est appliquée après le bain. Le mélange est filtré puis utilisé pour laver la tête avant un séchage naturel. Le cheveu est censé rester doré et brillant. Ce type de recette montre que l’éclat compte autant que la couleur elle-même.

Pour teindre la chevelure en noir

Pour foncer les cheveux, les textes évoquent un onguent à base de petit lézard vert revenu dans l’huile, puis un mélange de pommes de chêne, de vinaigre et d’un ingrédient noircissant provenant de la Gaule. Ce genre de formule peut surprendre, mais il reflète une logique médiévale très concrète : on cherche des effets visibles avec les moyens disponibles.

Pour favoriser la croissance capillaire

Les recettes de pousse capillaire utilisent du pain d’orge, du sel, de la graisse d’ours, mais aussi de l’écorce d’orme, de l’aigremoine, des racines de saule, de l’huile de graines de lin et d’autres ingrédients végétaux ou animaux. L’idée est de fortifier, épaissir et stimuler. Dans la pratique, cela répond à une préoccupation très actuelle : avoir des cheveux plus denses, plus résistants et plus beaux.

Ce qu’il faut retenir si tu veux comprendre la coiffure médiévale

Le point essentiel, c’est que la coiffure médiévale n’est jamais seulement décorative. Elle signale le rang, l’âge, le statut marital, la moralité attendue et parfois même l’appartenance religieuse. Si tu analyses une image, un costume ou une reconstitution, il faut donc regarder à la fois la forme, la matière, la longueur, la couverture des cheveux et le contexte social.

Autre point important : les coiffures les plus spectaculaires ne sont pas les plus courantes. La cour et la noblesse imposent des modèles visibles, mais la majorité des femmes médiévales portent des coiffes plus simples, adaptées au travail et à la vie quotidienne. C’est souvent là que se situe le malentendu : on retient les hennins parce qu’ils sont spectaculaires, alors que la réalité historique est bien plus variée.

Erreurs fréquentes à éviter

Si tu veux parler correctement des coiffures médiévales, évite quelques confusions classiques. D’abord, ne mélange pas les périodes : le Haut Moyen-Âge et le Bas Moyen-Âge n’ont pas les mêmes usages. Ensuite, ne considère pas le voile comme un simple accessoire esthétique : il a une portée sociale et morale très forte. Enfin, ne réduis pas les femmes médiévales à un seul modèle de coiffure ; selon le rang, le lieu et le moment, les formes varient énormément.

On constate souvent que les descriptions modernes simplifient trop. Or, dans la réalité, une coiffure peut être à la fois pratique, codifiée, religieuse et symbolique. C’est précisément cette richesse qui fait tout l’intérêt du sujet.

Sources : wikipédia, Une histoire de la beauté de Dominique Paquet, The history of hairs, Esthétique et soins du corps dans les traités médicaux latins à la fin du moyen-âge de L. Moulinier-Brogi, My Love Hair.

FAQ

Quelles coiffures portaient les femmes au Moyen Âge ?

Les femmes portaient surtout des voiles, des coiffes, des guimpes, des barbettes, des tourets ou des hennins selon leur rang et leur époque. Dans la pratique, les coiffures variaient beaucoup entre la vie quotidienne, la cour et les milieux religieux.

Pourquoi les femmes médiévales portaient-elles un voile ?

Le voile servait à couvrir la chevelure, jugée trop visible et parfois trop séduisante. Il répondait aussi à des usages sociaux et religieux, surtout pour les femmes mariées.

Qu’est-ce qu’un hennin ?

Le hennin est une coiffe médiévale conique, souvent très haute, portée surtout à la fin du Moyen Âge. Sa forme et la longueur du voile pouvaient indiquer le rang social de celle qui le portait.

À quoi servait la barbette ?

La barbette est une bande de tissu passée sous le menton. Elle servait à maintenir la coiffe et à encadrer le visage de manière nette.

Qu’est-ce qu’un chaperon au Moyen Âge ?

Le chaperon est un accessoire composé d’une capuche, d’un camail et d’une cornette. Il protégeait du froid et du vent, tout en devenant un élément de mode important aux XIVe et XVe siècles.

Les femmes médiévales se teignaient-elles les cheveux ?

Oui, certaines femmes utilisaient des teintures et des préparations pour éclaircir, foncer ou blondir leurs cheveux. Les textes médicaux médiévaux mentionnent plusieurs recettes à base de plantes, de minéraux et d’autres ingrédients.

Le blond vénitien existait-il vraiment au Moyen Âge ?

Oui, le blond vénitien est bien attesté dans les sources sur l’esthétique médiévale. Les Vénitiennes utilisaient des préparations spécifiques et s’exposaient au soleil pour obtenir cette teinte recherchée.

Les coiffures médiévales étaient-elles difficiles à réaliser ?

Oui, certaines coiffures étaient très complexes et demandaient de l’aide. Les dames de cour faisaient souvent appel à des chambrières pour mettre en place voiles, ornements et coiffes élaborées.

Les soins capillaires existaient-ils au Moyen Âge ?

Oui, les soins capillaires existaient déjà et faisaient l’objet de recettes médicales détaillées. On y trouve des conseils pour la pousse, la couleur, l’épaisseur, la propreté et même le parfum des cheveux.


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